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Au-delà de 60 ans : comment se décide la prolongation des réacteurs nucléaires

Les 56 réacteurs d'EDF ont été conçus pour environ quarante ans. Réexamens décennaux, projet d'avis de l'ASNR, enjeux techniques et calendrier : comment se décide la poursuite du fonctionnement.

Par Adrien Itarnel · Publié le

Schéma des cinq enjeux du fonctionnement au-delà de 60 ans
Les cinq enjeux ressortis du dialogue avec la société © WattNeuf © Schéma WattNeuf
Frise du calendrier de l'ASNR de 2022 à 2040
Le calendrier de l'ASNR sur le fonctionnement au-delà de 60 ans © WattNeuf © Schéma WattNeuf

Les 56 réacteurs d'EDF ont été conçus pour une durée de fonctionnement de l'ordre de quarante ans, mais leur autorisation n'a pas de date de fin. Ce dossier explique comment l'ASNR décide, réacteur par réacteur, de la poursuite du fonctionnement, et ce que change son projet d'avis du 22 octobre 2026 sur l'horizon de 60 ans.

Une autorisation sans limite de durée, un réexamen tous les dix ans

Les licences d'exploitation des réacteurs français n'ont pas de limite de temps. En contrepartie, EDF doit réaliser tous les dix ans un réexamen périodique de sûreté, lors de la visite décennale, et l'ASNR rend un avis sur la poursuite de l'exploitation pour la décennie suivante. Notre dossier sur les quatrièmes visites décennales des 1300 MW décrit ce processus pour la série en cours.

Pourquoi la question des 60 ans se pose maintenant

Les 56 réacteurs de deuxième génération ont été mis en service pour la plupart dans les années 1980, sur une quinzaine d'années. Sans prolongation, des arrêts définitifs pourraient se concentrer sur une courte période. Dès 2022, l'ASN a demandé à EDF d'étudier la poursuite du fonctionnement au-delà de 60 ans. Deux journées de dialogue avec la société ont eu lieu au premier semestre 2026, puis l'ASNR a publié son projet d'avis.

Ce que conclut le projet d'avis

L'ASNR n'a pas identifié, en l'état des connaissances, d'obstacle pour lequel EDF ne disposerait pas de levier d'action. Elle précise toutefois que plusieurs sujets techniques exigent encore des travaux importants d'EDF, que de nouveaux phénomènes limitants restent possibles et que la position sur chaque réacteur dépendra des réexamens périodiques. Elle ne délivre pas d'autorisation anticipée.

Les enjeux au cœur du dialogue

Cinq enjeux sont ressortis du dialogue avec la société : le vieillissement, les marges de sûreté, la modulation de puissance, le changement climatique et le maintien des compétences.

Schéma des cinq enjeux du fonctionnement au-delà de 60 ans
Les cinq enjeux ressortis du dialogue avec la société © WattNeuf © Schéma WattNeuf
  • Vieillissement et composants. D'après l'AFP, les éléments les plus difficiles à remplacer sont la cuve, le puits de cuve et certains coudes du circuit primaire. La CRIIRAD souligne que la plupart des composants avaient été conçus pour quarante ans.
  • Modulation. Les baisses de puissance liées aux énergies renouvelables sont surveillées ; voir notre dossier sur la modulation.
  • Climat. C'est l'enjeu le plus incertain à long terme selon l'AFP ; EDF cite des leviers comme le changement d'équipements et le renforcement des ouvrages de retenue en amont. Les effets de l'été 2026 sont détaillés ici.

Une feuille de route et un calendrier long

EDF a établi une feuille de route recensant les sujets qui peuvent remettre en cause la poursuite du fonctionnement et ceux à traiter même s'ils ne sont pas des obstacles. D'ici le lancement du sixième réexamen périodique, l'entreprise doit répondre aux sujets structurants de maîtrise de la conformité et proposer des ambitions de réévaluation du niveau de sûreté. La consultation du public court jusqu'au 2 décembre 2026, suivie de l'avis définitif. La déclinaison sur le premier réacteur concerné est attendue vers 2040.

Un enjeu pour la programmation énergétique

La durée de vie du parc conditionne la place du nucléaire dans la trajectoire de la PPE3, et complète le programme de nouveaux réacteurs présenté dans notre dossier sur les EPR2. Pour la situation actuelle du parc, voir le dossier sur le parc nucléaire en 2026.

Les points à suivre

  • La fin de la consultation le 2 décembre 2026 et l'avis définitif de l'ASNR.
  • Les réponses d'EDF sur la conformité et les ambitions de sûreté du prochain réexamen.
  • Les premiers réexamens de réacteurs concernés, vers 2040.

Sources : ASNR, communiqué et consultation du 22/10/2026 ; Connaissance des Énergies (AFP), 22/10/2026 ; CRIIRAD, 26/10/2026 ; EDF, note d'information sur le 4e réexamen des 1300 MWe (07/2025).

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