Câbles supraconducteurs : un démonstrateur français pour raccorder l'éolien en mer sans perte
Nexans, Air Liquide, RTE, ITP Interpipe et CentraleSupélec préparent SupraMarine : des câbles refroidis à l'azote liquide, aux pertes proches de zéro, pour relier des parcs éoliens lointains au littoral. Premiers essais d'ici 2028.
Par Adrien Tournel · Publié le
Transporter l'électricité sur de longues distances coûte de l'énergie : une partie se perd en chaleur dans les conducteurs. Pour raccorder des parcs éoliens en mer toujours plus loin des côtes, la solution actuelle est la liaison en courant continu, avec de coûteuses stations de conversion à chaque extrémité. Un consortium français veut tester une autre voie : le câble supraconducteur en courant alternatif haute tension.
Qui fait quoi dans SupraMarine
Le projet a été présenté le 6 novembre 2025 par Air Liquide, CentraleSupélec, ITP Interpipe, Nexans et RTE. Il s'agit de construire un démonstrateur, c'est-à-dire une installation d'essai, et non une liaison commerciale.
- Nexans développe les câbles supraconducteurs à haute température (HTS), ainsi que les jonctions et les terminaisons.
- Air Liquide fournit les installations cryogéniques (technologie Turbo-Brayton), les études thermiques et le suivi des opérations de refroidissement.
- ITP Interpipe conçoit l'enveloppe rigide à double paroi, très isolante, qui maintient les câbles à très basse température.
- CentraleSupélec (laboratoire GeePs) apporte l'expertise scientifique et forme des doctorants.
- RTE apporte sa vision de gestionnaire de réseau pour intégrer la technologie au réseau existant.

Le principe : refroidir pour supprimer la résistance
Un matériau supraconducteur laisse passer le courant avec une résistance quasi nulle, à condition d'être maintenu très froid. Ici, les câbles sont refroidis à l'azote liquide, ce qui, selon les partenaires, permet de transporter l'électricité « avec une perte d'énergie proche de zéro ». Le froid est entretenu par des machines cryogéniques et conservé grâce au cryostat, une sorte de gaine thermos qui enveloppe le câble.
Pourquoi le courant alternatif ?
Les liaisons en mer éloignées sont aujourd'hui raccordées en courant continu. Les partenaires estiment que la supraconductivité en courant alternatif pourrait rendre l'éolien lointain plus compétitif face à cette solution, en évitant les stations de conversion. Ils y voient aussi l'occasion de structurer une filière européenne de la supraconductivité et de réduire la dépendance aux importations d'équipements.
Calendrier et financement
Le projet est financé par l'État dans le cadre de France 2030, opéré par l'ADEME, à hauteur de 7,3 millions d'euros. Les premiers essais du démonstrateur sont prévus d'ici 2028.
Ce qu'on ne sait pas encore
Le communiqué ne précise ni la longueur de câble testée, ni la tension, ni la puissance transportée, ni le coût d'une future liaison. Rien n'indique non plus quand une telle technologie pourrait être déployée en mer : il faudra d'abord démontrer la fiabilité du refroidissement sur de longues distances, en milieu marin.
Pour aller plus loin
Les futurs parcs flottants et les appels d'offres en mer posent la question du raccordement : voir notre dossier Éolien en mer et AO10 et l'actualité sur les premières fermes pilotes flottantes de Méditerranée. La loi de programmation prévoit 15 GW d'éolien en mer en 2035 (dossier PPE3).
Sources : communiqué Nexans/Air Liquide du 6 novembre 2025 ; Connaissance des énergies (AFP), 6 novembre 2025 ; L'Info durable. Photo : Nicholas Doherty / Unsplash, visuel d'illustration diffusé par Nexans.