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Géothermie sous-marine : Endurance Energy produit ses premiers watts à 1,6 km sous le Pacifique

Une startup de Seattle a fait fonctionner un prototype de 3 tonnes sur un volcan sous-marin : 60 Wh en 29 secondes, premier pas d'une géothermie des fonds océaniques.

Par Adrien Tournel · Publié le · mis à jour le 26 octobre 2026

Prototype Adélie d'Endurance Energy
© Endurance Energy / Canary Media (droits à confirmer)

Forer, puis produire de l'électricité directement sur un fond océanique volcanique : c'est le pari d'Endurance Energy, startup de Seattle fondée en janvier 2025 par Andrew Redd, ancien ingénieur de SpaceX. Son prototype Adélie a livré ses premiers watts à environ 1,6 km sous la surface du Pacifique, selon Canary Media (19 octobre 2026). Très modeste, ce premier résultat ouvre une piste encore sans équivalent commercial.

Une centrale de 3 tonnes posée sur le volcan sous-marin

Adélie associe sur le plancher océanique un système de forage, une mini-centrale et une transmission de données. Le forage s'appuie sur une foreuse géotechnique modifiée, d'un type utilisé par l'industrie pétrolière pour prélever des carottes de roche. La production repose sur un cycle de Rankine organique, comme dans certaines centrales géothermiques terrestres : la chaleur du fluide hydrothermal fait évaporer un fluide de travail qui entraîne une turbine. L'ensemble, d'environ 3 tonnes, a été conçu « de zéro » pour résister à la pression et à la corrosion, avec beaucoup de titane.

La startup cible les zones où les plaques tectoniques s'écartent, là où la chaleur remonte près du fond. L'essai s'est déroulé sur le mont sous-marin Axial Seamount, à environ 480 km à l'ouest de l'Oregon.

Frise des étapes du projet Adélie d'Endurance Energy
Étapes du projet Adélie, de la création à la production commerciale visée © WattNeuf

Ce qui a (et n'a pas) fonctionné

  • Démonstration de trois semaines en septembre 2026 : le forage d'un puits peu profond n'a pas permis de produire de l'électricité, l'unité a donc été déplacée vers un évent naturel voisin.
  • 27 septembre 2026 : environ 60 Wh produits pendant environ 29 secondes. Pendant près de 9 secondes, la production a dépassé la consommation de l'appareil, l'excédent rechargeant la batterie.
  • Une panne de câble a mis fin à la plongée. Aucune température n'est donnée dans l'article.

Soit, à l'échelle d'une centrale, une quantité d'énergie symbolique : la valeur du test est de montrer que la chaîne complète fonctionne en conditions réelles. « Adélie a fait exister la technologie, et nous savons maintenant que c'est possible », résume Andrew Redd, qui applique l'adage « make it exist, then make it good ».

Calendrier et ambitions

Une unité remaniée, visant une puissance et une durée plus élevées, est attendue pour l'hiver 2026-2027. Un système de taille commerciale pourrait commencer à produire en 2027 selon le fondateur. La société, qui a levé 63 millions de dollars, prépare avec le Royaume des Tonga un projet de 2 MW destiné à réduire la dépendance de l'île au diesel importé.

Des réserves sur la viabilité économique

La géologue Emily Pope (Center for Climate and Energy Solutions) juge l'approche « surprenante » et intéressante scientifiquement, mais doute de sa viabilité : les îles peuvent plus facilement adopter le solaire et les batteries, et rien ne prouve qu'il existe une demande suffisante pour ce défi technique. Autant dire que le coût de l'électricité reste, à ce stade, totalement inconnu.

Pourquoi c'est à suivre

Alors que la géothermie améliorée terrestre passe à l'échelle (voir nos articles sur Fervo dans l'Utah et sur Sage Geosystems au Texas), Endurance Energy explore un tout autre terrain : la chaleur des fonds océaniques, sans réseau ni sous-station à proximité. Reste à prouver la durée de fonctionnement, la tenue en conditions extrêmes et la rentabilité.

Source : Canary Media, 19 octobre 2026. Les chiffres de l'essai sont ceux communiqués par l'entreprise.

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