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L'installation électrique de la maison : du compteur Linky à la prise

Compteur, disjoncteur de branchement, tableau, différentiels, sections de câbles, terre : comment fonctionne l'électricité d'un logement, ce que dit la norme NF C 15-100 refondue en 2024, et les signaux qui doivent alerter.

Par Frédéric Vagner · Publié le

Schéma d'une maison avec les étapes compteur Linky, disjoncteur de branchement, tableau électrique et circuits, et les sections de câbles usuelles
Le parcours de l'électricité dans un logement © WattNeuf

On appuie sur un interrupteur, la lumière s'allume. Derrière ce geste banal se cache pourtant toute une organisation : un compteur qui mesure, un disjoncteur qui protège, un tableau qui répartit, des câbles dimensionnés avec précision et des règles de sécurité qui ont beaucoup évolué au fil des décennies. Une installation électrique mal conçue ou vieillissante reste l'une des premières causes d'incendie domestique en France.

Sans entrer dans le détail réservé aux électriciens, ce guide explique comment fonctionne le réseau électrique d'un logement, du compteur jusqu'à la prise, ce que disent les normes et surtout à quoi il faut faire attention.

Schéma d'une maison avec les étapes compteur Linky, disjoncteur de branchement, tableau électrique et circuits, et les sections de câbles usuelles
Le parcours de l'électricité dans un logement © WattNeuf

Où commence « votre » installation ?

L'électricité arrive chez vous par le branchement, un câble qui part du réseau basse tension de la rue. Il aboutit à un coffret en limite de propriété, puis au compteur et au disjoncteur de branchement, généralement placés dans l'entrée, le garage ou une gaine palière en immeuble.

Cette frontière est importante, car elle détermine qui est responsable de quoi :

  • En amont du disjoncteur de branchement (branchement, compteur, et le disjoncteur lui-même) : c'est le domaine du gestionnaire de réseau, Enedis dans la plupart des communes. En cas de panne, c'est à lui d'intervenir, gratuitement.
  • En aval du disjoncteur : tout vous appartient. Le tableau électrique, les câbles, les prises et les appareils relèvent de votre responsabilité, que vous soyez propriétaire ou, pour l'entretien courant, locataire.

Le compteur Linky : bien plus qu'un compteur

Le compteur Linky, reconnaissable à sa couleur vert anis, a remplacé la quasi-totalité des anciens compteurs électromécaniques à disque et des compteurs électroniques blancs. Il appartient à la collectivité (la commune ou son syndicat d'énergie) et il est installé et entretenu par le gestionnaire de réseau.

Son rôle principal reste de mesurer votre consommation, mais il fait beaucoup plus :

  • il transmet les relevés à distance, via les câbles électriques eux-mêmes (technologie dite CPL, courant porteur en ligne) : plus besoin d'être présent pour la relève ;
  • il permet de changer de puissance ou de fournisseur sans intervention sur place ;
  • il gère les plages d'heures creuses et peut piloter le chauffe-eau grâce à un relais intégré ;
  • il donne accès à votre courbe de consommation, utile pour comprendre où part l'électricité.

Les foyers qui ont refusé la pose d'un Linky peuvent désormais se voir facturer des frais de relève spécifiques, puisque le gestionnaire doit continuer à envoyer un technicien sur place.

La puissance souscrite : la taille du « tuyau »

Votre contrat d'électricité précise une puissance souscrite, exprimée en kilovoltampères (kVA) : 3, 6, 9, 12, 15, 18, 24, 30 ou 36 kVA pour un particulier. C'est la puissance maximale que vous pouvez appeler en même temps. Un petit appartement chauffé au gaz se contente souvent de 6 kVA ; une maison tout électrique avec pompe à chaleur et voiture électrique peut nécessiter 12 kVA ou plus.

Si vous dépassez cette puissance, par exemple en lançant à la fois le four, la plaque de cuisson, le lave-linge et le chauffage, l'installation se coupe. Avec le Linky, c'est le compteur lui-même qui coupe ; il suffit de réarmer après avoir éteint un appareil. Augmenter la puissance coûte un peu plus cher en abonnement : il faut donc trouver le bon équilibre.

Monophasé ou triphasé ?

La très grande majorité des logements est alimentée en monophasé : un fil de phase et un neutre, avec une tension de 230 volts. Certaines maisons, surtout à la campagne ou équipées de gros moteurs (atelier, pompe de forage), sont en triphasé : trois phases et un neutre, avec 400 volts entre deux phases. Le triphasé permet de répartir de fortes puissances, mais il impose d'équilibrer les appareils entre les trois phases, car chacune dispose d'un tiers seulement de la puissance souscrite. Pour un logement ordinaire, le monophasé reste généralement le choix le plus simple.

Le disjoncteur de branchement

Juste à côté du compteur se trouve le disjoncteur de branchement, souvent gris ou blanc avec un gros bouton de réarmement. Il joue deux rôles : couper toute l'installation en cas de court-circuit ou de surcharge importante, et protéger contre les fuites de courant vers la terre. Il est en effet différentiel, avec une sensibilité de 500 milliampères. Ce seuil protège contre l'incendie, mais il est beaucoup trop élevé pour protéger les personnes : c'est le rôle des dispositifs du tableau électrique.

Le tableau électrique, cœur de l'installation

Le tableau électrique répartit l'électricité entre les différents circuits du logement et protège chacun d'eux. Dans une installation moderne, il est intégré à une gaine technique logement (GTL), un emplacement qui regroupe aussi le tableau de communication (box internet, réseau).

Les interrupteurs différentiels 30 mA : ils vous sauvent la vie

Le courant devrait toujours faire l'aller-retour par la phase et le neutre. S'il en manque une partie, c'est qu'il s'échappe ailleurs : par un appareil défectueux, ou par le corps d'une personne. L'interrupteur différentiel compare en permanence les deux et coupe en quelques millisecondes dès que l'écart atteint 30 milliampères, un seuil choisi pour éviter l'électrocution.

La norme impose plusieurs différentiels 30 mA, chacun protégeant un groupe de circuits, pour qu'un défaut ne plonge pas tout le logement dans le noir. Il en existe plusieurs types : le type AC pour les usages classiques, le type A pour les circuits de la plaque de cuisson et du lave-linge, dont l'électronique peut produire des fuites particulières, et désormais le type F pour les appareils à variateur de vitesse comme les pompes à chaleur ou les climatiseurs.

Les disjoncteurs divisionnaires : protéger les câbles

Chaque circuit est protégé par un petit disjoncteur. Son rôle n'est pas de protéger les personnes, mais le câble : si l'on branche trop d'appareils, le câble chauffe et peut provoquer un incendie. Le disjoncteur coupe avant d'en arriver là. C'est pourquoi son calibre (10, 16, 20, 32 ampères…) doit toujours être adapté à la section du câble qu'il protège. Remplacer un disjoncteur qui « saute souvent » par un modèle plus puissant est une erreur dangereuse.

Les autres éléments

  • Le contacteur heures creuses déclenche le chauffe-eau la nuit.
  • Le parafoudre protège les appareils contre les surtensions dues à la foudre ; il est obligatoire dans certaines zones très exposées et recommandé ailleurs.
  • Le détecteur d'arc (AFDD) repère les étincelles anormales dans un câble abîmé ou une connexion desserrée, une cause fréquente d'incendie. Il est recommandé par la dernière version de la norme.

Les câbles : couleurs et sections

Dans une installation récente, chaque fil a une couleur précise :

  • le bleu est réservé au neutre ;
  • le vert et jaune est réservé à la terre ;
  • les autres couleurs (rouge, marron, noir…) sont utilisées pour la phase.

La section du fil, exprimée en millimètres carrés, détermine le courant qu'il peut supporter sans chauffer. Les repères les plus courants dans un logement :

CircuitSection du câble (cuivre)Disjoncteur
Éclairage1,5 mm²16 A (10 A possible)
Prises de courant1,5 mm² ou 2,5 mm²16 A ou 20 A
Lave-linge, lave-vaisselle, four (circuits spécialisés)2,5 mm²20 A
Plaque de cuisson6 mm²32 A
Borne de recharge de voitureselon la puissance, souvent 6 à 10 mm²adapté à la borne

Le nombre de prises par circuit est également limité, pour éviter qu'un seul câble alimente trop d'appareils. En pratique, ces valeurs doivent être vérifiées avec la norme en vigueur et la longueur des circuits.

La terre, l'élément invisible indispensable

Le fil vert et jaune relie les carcasses métalliques des appareils (lave-linge, four, radiateurs) à une prise de terre, généralement un piquet ou un câble enfoui sous la maison. Si un fil de phase touche accidentellement la carcasse d'un appareil, le courant s'écoule par la terre au lieu de traverser la personne qui le touche, et le différentiel coupe immédiatement. Sans terre, l'appareil reste sous tension jusqu'à ce que quelqu'un le touche.

Dans la salle de bains, la norme définit des volumes autour de la baignoire et de la douche, dans lesquels les appareils autorisés sont strictement encadrés. Une liaison équipotentielle relie aussi les éléments métalliques (canalisations, bonde) pour éviter toute différence de potentiel dangereuse.

Une norme qui évolue avec nos usages

Toutes ces règles sont rassemblées dans la norme NF C 15-100, qui encadre les installations électriques basse tension en France. Ses premières versions remontent aux années 1950. Elle a été profondément remaniée en 1991, puis en 2002, avant de recevoir plusieurs amendements jusqu'en 2015 pour intégrer l'essor du numérique et les nouveaux équipements.

En août 2024, l'AFNOR a publié une refonte complète : la norme est désormais découpée en 21 parties, plus faciles à mettre à jour. Cette nouvelle version est obligatoire depuis le 1er septembre 2025 pour les chantiers neufs et les rénovations. Parmi les principales nouveautés :

  • une partie dédiée aux installations de recharge de véhicules électriques ;
  • une partie consacrée à l'efficacité énergétique de l'installation ;
  • des règles pour le réseau de communication du logement ;
  • le différentiel de type F pour les appareils à variateur (pompes à chaleur, climatisation, pompes de piscine) ;
  • des exigences renforcées pour les luminaires encastrés dans les plafonds isolés par de l'isolant soufflé, afin de limiter les risques d'incendie.

Important : la norme ne s'applique pas rétroactivement. Une installation conforme au moment de sa réalisation n'a pas à être refaite à chaque nouvelle version. Mais toute modification ou extension doit respecter la norme en vigueur au moment des travaux.

Logement ancien : les points de vigilance

Lors de la vente ou de la location d'un logement dont l'installation électrique a plus de 15 ans, un diagnostic électricité est obligatoire. Il ne s'agit pas d'un contrôle de conformité à la norme actuelle, mais d'un repérage des risques. Pour une nouvelle installation, c'est le Consuel qui délivre l'attestation de conformité nécessaire à la mise en service.

Quelques signes doivent alerter, même sans être électricien :

  • un tableau avec des fusibles en porcelaine ou sans aucun différentiel 30 mA ;
  • des prises sans broche de terre dans les pièces d'eau ou pour les appareils électroménagers ;
  • des fils de couleurs anciennes (tout noir, tout rouge) ou gainés de tissu ;
  • des prises ou interrupteurs qui chauffent, noircissent ou grésillent ;
  • un recours permanent aux multiprises et rallonges branchées en cascade ;
  • un différentiel qui se déclenche régulièrement sans raison apparente.

Dans ces cas, faire intervenir un électricien qualifié est la meilleure décision. Ajouter un tableau moderne avec des différentiels 30 mA et une bonne prise de terre améliore déjà considérablement la sécurité, sans forcément refaire tout le câblage.

Ce qu'il faut retenir

  • Tout ce qui se trouve après le disjoncteur de branchement est sous votre responsabilité.
  • Le différentiel 500 mA protège contre l'incendie, les différentiels 30 mA du tableau protègent les personnes.
  • Chaque disjoncteur protège un câble : son calibre doit toujours correspondre à la section du fil.
  • La terre est indispensable pour que les protections fonctionnent.
  • La norme NF C 15-100 a été entièrement refondue en 2024 et s'impose aux travaux depuis septembre 2025.

Sources

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