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Watt'Prod Dossier

Midi à 41 €, le soir à 178 € : pourquoi le prix de l'électricité varie autant dans la journée

Ordre de mérite, gaz marginal, solaire qui s'éteint le soir : comment se forme le prix spot heure par heure, pourquoi l'écart s'est creusé en 2026 et ce que cela change pour le stockage et les consommateurs.

Par Adrien Tournel · Publié le

Schéma comparant le mix à 13 h (solaire dominant, peu de gaz) et à 18 h (hydraulique et gaz en relais)
Qui fixe le prix ? La dernière centrale appelée, le 28 octobre 2026 © WattNeuf, d'après Selectra

Le 28 octobre 2026, le prix spot de l'électricité en France a oscillé entre 185 €/MWh à 13 h et 350 €/MWh à 18 h, alors que la consommation était quasiment la même que la semaine précédente. Ce grand écart, de plus en plus fréquent, a une explication : à chaque heure, le prix est fixé par la dernière centrale appelée pour équilibrer la production et la consommation. Ce dossier explique cette mécanique et ce qu'elle change pour le solaire, le stockage et les consommateurs.

1. Le principe : l'ordre de mérite

Sur le marché de gros européen, les producteurs proposent leur électricité pour chaque heure du lendemain. Les offres sont classées de la moins chère à la plus chère jusqu'à couvrir la demande prévue : c'est l'« ordre de mérite ». Le prix de toutes les heures est celui de la dernière offre retenue, celle de la centrale marginale. Les moyens dont le coût variable est très faible (solaire, éolien, nucléaire) passent en premier ; le gaz, dont le coût dépend du prix du combustible, passe en dernier.

Quand les renouvelables et le nucléaire suffisent, le prix reste bas, voire négatif. Quand il faut appeler le gaz, c'est lui qui fixe le prix. Kelwatt le résume pour le troisième trimestre 2026 : le gaz « fixe le prix » aux heures où le solaire ne produit plus.

Schéma comparant le mix à 13 h (solaire dominant, peu de gaz) et à 18 h (hydraulique et gaz en relais)
Qui fixe le prix ? La dernière centrale appelée, le 28 octobre 2026 © WattNeuf, d'après Selectra

2. Un écart midi-soir record

Au troisième trimestre 2026, le prix moyen était d'environ 41 € HT/MWh à midi et d'environ 178 € HT/MWh entre 18 h et 22 h, selon Kelwatt. Le prix spot moyen du trimestre s'établit à 120,2 € HT/MWh (voir notre actu). Pour Hello Watt, l'écart quotidien moyen entre le prix le plus bas et le plus haut de la journée atteint 214 €/MWh depuis le début de l'année, le plus élevé depuis 2022. RTE relevait déjà, dans son bilan du premier semestre, une volatilité journalière à 111,3 €/MWh en moyenne, la plus haute hors 2022 (voir notre article sur les prix négatifs).

3. L'exemple du 28 octobre 2026

Selon Selectra, le vent a presque disparu ce jour-là : 42 GWh d'éolien entre 0 h et 14 h, soit 76 % de moins que le mercredi précédent. Le solaire a culminé à 15,6 GW vers midi, ce qui a tiré le prix vers son creux de 13 h. Puis, entre 13 h et 18 h, le gaz est passé de 1,4 à 5,2 GW et l'hydraulique de 2,8 à 10 GW, tandis que le prix grimpait à 350 €/MWh. Le nucléaire fournissait 72 % de la production, à un niveau stable d'environ 41 GW : il n'est pas la cause du pic, mais il ne peut pas non plus moduler à volonté pour absorber les variations (voir notre dossier sur la modulation).

4. Pourquoi l'écart s'est creusé en 2026

Plusieurs facteurs se cumulent, selon Hello Watt et Kelwatt :

  • Plus de solaire : le solaire augmente la production de midi, mais s'éteint avant la pointe du soir.
  • Un gaz plus cher : tensions sur l'approvisionnement, dont les perturbations dans le détroit d'Ormuz, et stocks européens bas avant l'hiver.
  • Moins de nucléaire et d'hydraulique disponibles : par rapport à septembre 2025, Hello Watt relève 3,7 GW de nucléaire, 1,5 GW d'hydraulique et 2,3 GW d'éolien en moins, notamment après la sécheresse et la canicule de l'été (voir notre article sur l'été 2026).

5. Ce que cela change

Pour le stockage. Plus l'écart est grand, plus recharger à midi et décharger le soir devient rentable. Hello Watt cite une batterie industrielle de 1 MW / 2 MWh qui a chargé à 73 €/MWh en moyenne et déchargé à 232 €/MWh en septembre 2026, soit 159 €/MWh d'écart par cycle. Les grands sites français de batteries visent ce créneau (voir notre dossier sur le stockage par batteries et le projet Breizh Big Battery).

Pour les consommateurs. Les offres à prix dynamique répercutent ces variations ; les autres contrats les lissent, comme le tarif réglementé construit sur 24 mois (voir notre dossier sur la formation du tarif). Décaler les usages flexibles (chauffe-eau, recharge de voiture électrique, lave-linge) vers les heures creuses de midi ou de nuit est ce que recommandent les fournisseurs, avec une limite : le 28 octobre, même les créneaux de nuit (3 h-6 h) et de midi (11 h-15 h) restaient élevés, au-dessus de 180 €/MWh.

Pour la facture à venir. Le contrat à terme 2027 a dépassé 100 €/MWh début octobre (voir notre article), et le tarif réglementé pourrait évoluer en février 2027 (voir notre article).

À retenir

  • Le prix de gros est celui de la dernière centrale appelée : le gaz le soir, le solaire à midi.
  • L'écart midi-soir a atteint environ 41 contre 178 €/MWh en moyenne au troisième trimestre 2026.
  • Un jour sans vent peut faire passer la moyenne de 26 €/MWh (dimanche 25 octobre) à 253 €/MWh (mercredi 28 octobre), selon Selectra.
  • Stockage et flexibilité de la demande sont les deux réponses à cet écart.

Sources : Kelwatt, marché de gros au 3e trimestre 2026 ; Selectra, prix du 28 octobre 2026 ; Hello Watt, prix négatifs et écarts de prix (mis à jour le 19 octobre 2026) ; RTE, bilan du premier semestre 2026.

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