Modulation du nucléaire : pourquoi les réacteurs baissent leur puissance de plus en plus souvent
Environ 15 TWh en 2019, 33 TWh en 2025 : la modulation du parc nucléaire a doublé sous l'effet du solaire et d'une consommation stagnante. Explications.
Par Adrien Tournel · Publié le
Quand le soleil inonde le réseau à midi et que la consommation reste faible, certains réacteurs nucléaires baissent leur puissance, voire s'arrêtent, sans être en panne ni en maintenance. Ce phénomène, la modulation, a doublé en cinq ans.
Qu'appelle-t-on modulation ?
Selon EDF, il y a modulation lorsqu'un réacteur fonctionne en dessous de sa puissance maximale ou est arrêté, hors arrêts pour rechargement, maintenance, incident ou contraintes environnementales ou réglementaires. Les réacteurs français ont été conçus pour cela : ils peuvent ajuster leur puissance de 80 % en 30 minutes, deux fois par jour.
Des volumes qui ont doublé
D'après le rapport d'EDF présenté le 16 février 2026, la modulation nucléaire est passée d'environ 15 TWh en 2019 à plus de 30 TWh en 2024, puis 33 TWh en 2025, soit près de 9 % de la production nucléaire d'EDF.
Pourquoi maintenant ?
- Le développement du solaire et de l'éolien en France et en Europe, dans un contexte de consommation atone.
- Les baisses de puissance, autrefois surtout nocturnes et le week-end, ont lieu aussi en journée lors des pics solaires.
- La modulation conduit plus fréquemment à l'arrêt complet de réacteurs.
Un coût pour le système
Cette flexibilité accrue renchérit la maintenance. Selon l'AFP, le surcoût est estimé à environ 30 millions d'euros par an pour le parc nucléaire, en raison de contrôles plus fréquents des turbines (tous les 6 ans au lieu de 10). EDF n'a pas donné de chiffrage global, encore en cours de finalisation. Les autres moyens flexibles sont aussi sollicités : les STEP fonctionnent nettement plus longtemps et les cycles combinés gaz ont doublé leurs arrêts et redémarrages.
Quelles solutions ?
EDF met en avant l'accélération de l'électrification des usages pour réduire la surcapacité. Un chiffrage consolidé des coûts du système électrique est engagé dans le cadre de la PPE 3. Le stockage et la flexibilité de la demande sont les autres leviers évoqués par les acteurs du secteur.
Voir aussi : prix négatifs au premier semestre 2026 et le dossier Le parc nucléaire français en 2026.
Source : EDF, communiqué du 16/02/2026 ; AFP/Connaissance des énergies.