Prix négatifs de l'électricité : 407 heures au premier semestre 2026
Pendant près de 10 % du temps, le prix de gros de l'électricité est passé sous zéro en France au premier semestre, avec des niveaux inédits (-498,7 €/MWh), selon le bilan de RTE.
Par Adrien Tournel · Publié le · mis à jour le 12 octobre 2026
Selon le bilan semestriel de RTE publié en juillet 2026, le marché spot français a connu 407 heures de prix négatifs au premier semestre, soit environ 10 % du temps, contre 363 heures au premier semestre 2025. Sur l'ensemble de l'année 2025, on avait compté 513 heures.

Des prix plus profondément négatifs
Le prix spot a atteint -478,8 €/MWh le 26 avril et -498,7 €/MWh le 1er mai, des niveaux inédits, partagés au même moment par neuf autres pays européens. Le prix moyen des épisodes négatifs passe de -7,8 à -16,2 €/MWh, et les prix inférieurs à -50 €/MWh représentent 8 % des occurrences contre 4 % un an plus tôt. Le prix moyen du semestre reste pourtant positif et en baisse : 61,9 €/MWh contre 66,7 €/MWh. La volatilité journalière (amplitude moyenne de 111,3 €/MWh) est la plus haute hors 2022.
Printemps, après-midi… et jours ouvrés
Ces épisodes se produisent surtout au printemps et l'après-midi, mais plus seulement le week-end : plus de la moitié des jours concernés (38 sur 69) étaient des jours ouvrés. Les épisodes de week-end ou de jour férié sont toutefois plus profonds (-29,3 €/MWh en moyenne contre -3,4 €/MWh) et plus longs (2 h 39 contre 1 h 38).
Pourquoi les prix passent sous zéro
RTE parle d'un socle incompressible de production, difficile à baisser lors des « creux » : réacteurs nucléaires qui ne peuvent pas moduler pour des raisons de cycle du combustible ou de contraintes techniques, centrales thermiques parfois nécessaires à l'exploitation du système, et installations renouvelables sans incitation à moduler (anciens contrats d'obligation d'achat, installations diffuses). Le 1er mai à 13 h 30, il aurait fallu décaler d'environ 8 GW pour que le prix redevienne positif.
Et chez nos voisins ?
L'Espagne cumule 628 heures de prix négatifs, le plus grand nombre d'Europe de l'Ouest pour la deuxième année consécutive. À l'inverse, l'Allemagne passe de 389 à 298 heures, les Pays-Bas de 402 à 248 et la Belgique de 361 à 220. Pendant ces épisodes, la France était exportatrice nette environ 99 % du temps.
Quelles réponses ?
Depuis mi-avril 2026, EDF OA peut demander l'arrêt ou la limitation de parcs sous obligation d'achat lors des prix négatifs : jusqu'à 7,4 GW (5,1 GW d'éolien et 2,3 GW de solaire) en juin. Résultat : 2,5 TWh de production solaire et éolienne modulée au semestre. RTE appelle aussi à développer la flexibilité de la production comme de la consommation, et prévoit des prix négatifs encore fréquents jusqu'à la fin de l'été.
Pour les particuliers, AE-T évoque l'autoconsommation et le stockage par batterie : sur un exemple de 6 kWc avec 10 kWh de batterie, environ 900 € d'économies par an, à titre purement indicatif.
Voir aussi notre dossier sur l'équilibre du réseau.
Source : RTE, Bilan du premier semestre 2026 et perspectives sur la sécurité d'approvisionnement en électricité pour les prochains mois, juillet 2026 (document PDF, 56 pages ; section 5, p. 33-45 et section 7, p. 48-51).