Appels d'offres renouvelables : le bilan de la CRE, 18 GW retenus et des prix qui se stabilisent
Éolien terrestre, solaire au sol, sur bâtiment : la CRE dresse le bilan des appels d'offres PPE2. 18 175 MW retenus, 78 % des volumes appelés, des prix en recul depuis 2023.
Par Adrien Tournel · Publié le · mis à jour le 25 octobre 2026
Éolien terrestre, photovoltaïque au sol, sur bâtiment : l'essentiel des grandes centrales renouvelables françaises est attribué par appels d'offres, organisés par l'État et instruits par la Commission de régulation de l'énergie (CRE). Le dernier bilan de la CRE, publié le 15 janvier 2026, permet de mesurer ce que ce système a produit depuis octobre 2021.

Comment fonctionne un appel d'offres
L'État fixe un volume de puissance à attribuer, par période et par filière. Les candidats déposent des offres avec un prix de vente (en €/MWh). La CRE instruit les dossiers et propose les lauréats, puis les ministres les retiennent. Les projets retenus bénéficient d'un contrat de soutien de 20 ans de type « complément de rémunération » : l'État verse la différence entre le prix proposé et le prix de marché, et peut aussi percevoir de l'argent si les prix de marché dépassent le prix d'offre. Le calendrier découle de la programmation pluriannuelle de l'énergie : voir notre dossier PPE3.
Le bilan de la CRE : chiffres clés
Le rapport couvre les appels d'offres de la PPE2 pour l'éolien terrestre et le photovoltaïque, d'octobre 2021 au 30 juin 2025. Au 31 décembre 2025 :
- 38 périodes sur 59 prévues avaient été instruites (64 %), soit plus de 3 900 dossiers ;
- 23 390 MW avaient été mis en appel sur 28 825 MW prévus (81 %) ;
- 18 175 MW avaient été retenus, soit 78 % des volumes appelés (contre 68 % fin 2023) ;
- la CRE a proposé 2 074 projets, et les ministres en ont finalement retenu 2 159 pour environ 19,1 GW.
| Appel d'offres | Périodes instruites | Volumes appelés (MW) | Volumes retenus (MW) | Retenus / appelés |
|---|---|---|---|---|
| Éolien terrestre | 10 sur 11 | 9 025 | 7 260 | 80 % |
| PV au sol | 8 sur 10 | 7 525 | 6 396 | 85 % |
| PV sur bâtiment | 11 sur 14 | 4 500 | 2 280 | 51 % |
| Neutre (toutes technologies) | 4 sur 5 | 2 000 | 2 022 | 101 % |
| PV innovant | 1 sur 5 | 140 | 140 | 100 % |
| Autoconsommation | 4 sur 14 | 200 | 76 | 38 % |
Le PV sur bâtiment est resté sous-souscrit jusqu'à mi-2025, probablement, selon la CRE, à cause du guichet ouvert pour les petites installations sur bâtiment. L'appel d'offres « Neutre » est au contraire très disputé : 473 % de puissance déposée par rapport à la puissance appelée à la 4e période.
Les prix : hausse puis stabilisation
Après la crise énergétique, les prix des offres ont fortement augmenté entre mi-2021 et mi-2023 (+22 % pour le PV sur bâtiment, +40 % pour le PV au sol, +35 % pour l'éolien). Depuis, ils baissent légèrement pour le photovoltaïque, puis plus nettement fin 2025 (environ −5 % sur bâtiment, −10 % au sol). Quelques repères publiés par la CRE : le PV au sol est passé de 58,84 €/MWh à la 1re période à 82,42 €/MWh à la 4e, puis 79,48 €/MWh à la 8e ; le PV sur bâtiment de 83,12 à 104,79 €/MWh (4e période), puis 97,53 €/MWh à la 10e.
Les prix restent au-dessus de 2021 alors que les coûts d'investissement ont reflué : la CRE l'explique par la hausse des taux d'emprunt (3 à 4 % début 2025, contre 1,7 à 2 % fin 2021) et des coûts d'exploitation (+20 à 29 % selon la filière). Elle estime les investissements à environ 1 700-1 800 €/kW pour l'éolien, 900 €/kWc pour le PV au sol et 1 150 €/kWc pour le PV sur bâtiment.
Le dernier résultat : l'éolien terrestre, 11e période
Dans son rapport du 24 juin 2026, la CRE a examiné la 11e période de l'appel d'offres éolien terrestre (dépôt du 11 au 21 mai 2026). Pour 800 MW appelés, 144 dossiers avaient été déposés pour 2 377,9 MW, soit près de trois fois le volume recherché. La CRE a proposé de retenir 39 dossiers pour 808 MW, à un prix moyen pondéré de 77,08 €/MWh, en baisse de 9,5 €/MWh (−11 %) par rapport à la 10e période. Quatre régions captent plus de 85 % de la puissance retenue : Centre-Val de Loire (24 %), Hauts-de-France (21 %), Grand Est (20 %) et Bretagne (20 %). Pour le contexte de la filière, voir Éolien terrestre en France.
Qui construit, où et avec quoi ?
- Acteurs : 263 sociétés mères identifiées (190 dans le bilan précédent), sans position dominante ; les trois premiers acteurs pèsent environ un cinquième du volume éolien et un peu moins d'un tiers du PV.
- Régions : en éolien, Hauts-de-France (1,6 GW), Nouvelle-Aquitaine (1,2 GW) et Grand Est (1,1 GW) ; en photovoltaïque, la Nouvelle-Aquitaine (1,8 GWc) devance le Centre-Val de Loire (1,6 GWc).
- Équipements : Vestas et Nordex dépassent 85 % des éoliennes retenues ; en photovoltaïque, 88 à 89 % des modules sont asiatiques (2 % de fabricants français au sol, 10 % sur bâtiment).
- Éoliennes : la puissance unitaire déclarée passe de 3,4 à 3,8 MW depuis 2023, contre 4,6 MW en moyenne européenne.
Combien cela coûte-t-il à l'État ?
Tout dépend des prix de marché futurs. Dans son scénario médian (70 €/MWh en 2030), la CRE chiffre le soutien à 5,7 à 7,1 milliards d'euros ; dans un scénario bas (50 €/MWh), jusqu'à 14,8 milliards ; dans un scénario haut (95 €/MWh), l'État percevrait des recettes (jusqu'à 2,5 milliards). Les décaissements réels sont pour l'instant minimes : 3,0 M€ versés au titre de 2024, car peu de contrats sont encore actifs (216 installations sur 312 mises en service à fin juin 2025). Le mécanisme de formation des prix qui conditionne ce coût est expliqué dans Prix de l'électricité : de la bourse à la facture.
Ce qu'il faut retenir
Les appels d'offres tournent désormais à un bon rythme : plus des trois quarts des volumes mis en concurrence trouvent preneur, la concurrence fait baisser les prix et la diversité des acteurs progresse. Les points faibles sont le PV sur bâtiment et l'autoconsommation, peu souscrits, la dépendance aux modules asiatiques et un taux d'abandon qui reste à surveiller (130 abandons accordés au 1er janvier 2026, concentrés à environ 75 % sur l'éolien terrestre, le PV au sol et le PV innovant).
Sources : CRE, État des lieux des appels d'offres PPE2 (rapport 2026-01, 15 janvier 2026) ; CRE, rapport sur la 11e période éolien terrestre (24 juin 2026).
Mise à jour : la 12e période du solaire sur bâtiment a été sursouscrite 5,2 fois, à 82,98 €/MWh : voir notre article.