BYD Flash Charging : 1 500 kW et une recharge en cinq minutes, ce qui arrive en France
Le constructeur chinois déploie en Europe des bornes quatre fois plus puissantes que les plus rapides du marché, avec une promesse : 10 à 70 % de charge en cinq minutes environ, pour moins de 0,58 € le kWh. Mais seules quelques voitures en profiteront pleinement.
Par Frédéric Vagner · Publié le
Recharger sa voiture électrique aussi vite qu'on fait un plein d'essence : c'est la promesse du réseau Flash Charging que BYD commence à déployer en Europe. Avec des bornes capables de délivrer jusqu'à 1 500 kW, soit quatre fois plus que les bornes les plus puissantes du marché, le premier constructeur mondial de voitures électriques veut bousculer le paysage de la recharge. Alors que ses marques BYD et Denza sont exposées au Mondial de l'Auto, voici ce que l'on sait de cette technologie et de son arrivée en France.

Une borne hors normes
Aujourd'hui, les bornes les plus rapides installées en Europe, chez Ionity ou sur les Superchargeurs V4 de Tesla, plafonnent autour de 350 kW. Les bornes Flash Charging de deuxième génération changent d'échelle : 1 500 kW de puissance maximale, de quoi passer de 10 à 70 % de charge en cinq minutes environ, selon BYD.
Cette puissance n'est exploitable qu'avec une batterie conçue pour l'encaisser. BYD l'associe à sa Blade Battery 2.0, une batterie de chimie lithium-fer-phosphate (LFP) présentée juste avant le salon de Pékin. Sa densité d'énergie n'a rien de révolutionnaire, mais elle a été optimisée pour la vitesse de charge : le constructeur annonce de 10 à 80 % en quatre minutes, et de 10 à 97 % en moins de neuf minutes. BYD assure aussi que les performances se maintiennent bien par temps froid, un point faible habituel de la recharge rapide.
Comment alimenter de telles bornes sans un raccordement électrique démesuré ? Les stations embarquent des batteries de stockage qui se rechargent pendant les heures creuses, la nuit, quand l'électricité est la moins chère, puis restituent cette énergie aux voitures pendant la journée. Physiquement, les bornes se reconnaissent facilement : de grands mâts en forme de T équipés de deux prises Combo CCS, le standard européen, l'électronique de puissance étant installée dans des armoires séparées.
Un déploiement européen à marche forcée
BYD a présenté cette technologie au public européen en avril, à Paris, lors du lancement de sa marque premium Denza au Palais Garnier. La première station européenne a ouvert ses portes en Allemagne au printemps. L'objectif affiché est très ambitieux : 3 000 stations Flash Charging en Europe d'ici la fin de l'année 2026, sur un total de 6 000 prévues hors de Chine. En Chine, le constructeur en a déjà installé plusieurs milliers en quelques mois.
La France fait partie des premiers marchés visés, avec l'Allemagne et les Pays-Bas. À moins de trois mois de l'échéance, l'objectif de 3 000 stations semble toutefois difficile à tenir, et le rythme réel d'ouverture en France reste à confirmer.
Un prix agressif
BYD a annoncé un tarif de moins de 0,58 € le kWh sur ses bornes européennes. Un prix proche, voire inférieur, des tarifs sans abonnement pratiqués sur les grands réseaux de recharge rapide : chez Ionity, par exemple, le kWh peut atteindre 0,62 € en France depuis le 1er juillet selon les stations.
Pour une batterie de 70 kWh, passer de 10 à 70 % représente environ 42 kWh, soit une recharge d'un peu moins de 25 €. C'est nettement plus cher qu'à domicile ou que sur une borne de supermarché, mais pour cinq minutes d'arrêt au lieu de vingt à trente.
Des limites à connaître
Avant de se réjouir, plusieurs points méritent d'être soulignés :
- Peu de voitures compatibles pour l'instant. Seuls les modèles équipés de la Blade Battery 2.0 peuvent profiter de la pleine puissance. Les premiers sont des modèles Denza, la marque haut de gamme du groupe, comme le grand break Z9 GT, affiché à environ 115 000 € en Europe. Les BYD actuellement vendues en France, équipées de batteries LFP classiques, ne peuvent pas encaisser 1 500 kW.
- Un accès aux autres marques à préciser. Les prises CCS permettent en théorie de brancher n'importe quelle voiture électrique, qui chargera alors à sa propre puissance maximale. Mais les conditions d'accès et de paiement pour les autres véhicules ne sont pas encore clairement détaillées pour la France.
- Un contexte commercial moins favorable en France. La plupart des voitures produites en Chine sont exclues du « coup de pouce » à l'achat, réservé aux modèles qui obtiennent l'écoscore. Cela freine les ventes des modèles compatibles, et donc l'intérêt économique d'un réseau dense.
Ce que cela change pour la recharge
Même si son déploiement prend plus de temps que prévu, le Flash Charging marque une rupture. Il montre que la recharge ultra-rapide n'a pas atteint ses limites techniques, et il met la pression sur les réseaux existants, qui investissent aujourd'hui dans des bornes de 300 à 400 kW.
Il illustre aussi une tendance de fond : les constructeurs veulent maîtriser la recharge de leurs clients, comme Tesla l'a fait avec ses Superchargeurs. Pour BYD, un réseau propriétaire capable de recharger en cinq minutes est un argument commercial puissant pour convaincre les conducteurs encore réticents à passer à l'électrique.
Pour bien comprendre les différents types de bornes et leurs prix actuels, consultez notre guide des bornes de recharge publiques.
Ce qu'il faut retenir
- Les bornes BYD Flash Charging délivrent jusqu'à 1 500 kW, contre environ 350 kW pour les plus rapides du marché.
- BYD annonce 10 à 70 % de charge en cinq minutes environ, pour moins de 0,58 € le kWh.
- Seules les voitures équipées de la Blade Battery 2.0, d'abord des Denza haut de gamme, en profitent pleinement.
- BYD vise 3 000 stations en Europe fin 2026, dont une partie en France, un objectif qui paraît très ambitieux.