Aller au contenu

Watt'Home Dossier

Chauffe-eau et solaire : comment valoriser son surplus dans le ballon d'eau chaude

Marche forcée, heures creuses décalées ou routeur solaire : trois façons de faire absorber le surplus photovoltaïque par le chauffe-eau, avec prix, compatibilité et limites.

Par Adrien Tournel · Publié le

Schéma bleu du chemin du surplus solaire : panneaux, tableau électrique, routeur solaire et ballon d'eau chaude
Du toit au ballon : le chemin du surplus solaire © WattNeuf
Schéma bleu du chemin du surplus solaire : panneaux, tableau électrique, routeur solaire et ballon d'eau chaude
Du toit au ballon : le chemin du surplus solaire © WattNeuf

Avec un surplus racheté 1,1 c€/kWh, chaque kilowattheure solaire injecté dans le réseau rapporte quinze à vingt fois moins que celui qu'on évite d'acheter. Le chauffe-eau électrique est le premier poste où l'on peut corriger cela : c'est un réservoir qui accepte de la chaleur au moment où le soleil produit. Voici comment ça fonctionne, quelles solutions existent et quelles précautions prendre.

Pourquoi le ballon est le bon candidat

Le ballon d'eau chaude est un stockage thermique bon marché : un modèle de 200 litres peut emmagasiner environ 10,5 kWh en passant de 15 à 60 °C (calcul JeChange, résistance de 2 200 W, près de 4 h 45 de chauffe). Il suffit que cette chauffe tombe en pleine production, plutôt qu'en pleine nuit. Thermor résume le principe : programmer la chauffe quand la production est la plus forte permet de consommer le surplus sur place et réduit l'électricité achetée.

Les trois méthodes

1. La marche forcée programmée

C'est la solution la moins chère : un contacteur ou un programmateur lance la chauffe à une heure fixe, en début d'après-midi. Elle ne tient pas compte de la météo : un jour nuageux, le ballon se réchauffe en partie sur le réseau.

2. Les heures creuses décalées

Enedis déplace une partie des heures creuses vers l'après-midi (entre 11 h et 17 h) pour 9,3 millions de foyers, ce qui rapproche le tarif réduit des heures de production solaire (détails ici). Un ballon branché sur le contacteur heures creuses profite alors des deux : tarif réduit et soleil.

3. Le routeur solaire

Le routeur mesure en continu le surplus (pince ampèremétrique, capteur sans fil ou téléinformation du compteur Linky) et envoie à la résistance la seule puissance disponible. Selon le comparatif de Potentiel Solaire (mis à jour le 24 juillet 2026), il faut compter 250 à 700 € posé pour les modèles grand public : Ekosia SmartSun autour de 300 €, MSunPV de 200 à 400 €, Solar iBoost de 300 à 400 €, MyEnergi eddi autour de 560 €, Fronius Ohmpilot de 700 à 900 € (avec Smart Meter). Les montages à faire soi-même (30 à 100 € de composants) travaillent en 230 V et sont réservés aux bricoleurs avertis.

Attention à la compatibilité du ballon

  • Ballon à thermostat mécanique (résistance stéatite ou blindée) : le cas le plus simple, compatible avec la modulation d'un routeur.
  • Ballon électronique ou hybride : la carte électronique n'est pas conçue pour un courant haché, avec un risque d'endommagement. Deux parades sont citées : une alimentation 230 V permanente séparée, ou la sortie tout ou rien du routeur. Demandez une validation écrite du fabricant.
  • Chauffe-eau thermodynamique : le compresseur ne supporte pas une modulation fine. On le pilote par son entrée contact sec ou SG Ready, ou en programmant sa plage de chauffe entre 11 h et 16 h (voir notre dossier sur le chauffe-eau thermodynamique). Thermor recommande d'ailleurs un modèle thermodynamique compatible photovoltaïque pour les économies optimales.

Vérifiez la compatibilité photovoltaïque du modèle dans sa notice : tous les chauffe-eau ne la supportent pas. Évitez aussi les boîtiers sans marque vendus sur les places de marché et exigez le marquage CE.

Combien peut-on gagner ?

Sur un cas type de 1 500 kWh de surplus par an, JeChange calcule un gain net d'environ 222 € par an en heures creuses (284 € en option Base). Potentiel Solaire annonce environ 300 € par an et un amortissement d'un à deux ans pour un routeur, sans détailler son calcul. Thermor évoque, sans chiffre, « plusieurs dizaines d'euros » par an pour un foyer de quatre personnes. Ces écarts rappellent que tout dépend du taux d'autoconsommation réel et du prix du kWh évité : prenez ces chiffres comme des ordres de grandeur, pas comme une promesse.

Les limites à connaître

  • Saison : entre septembre et décembre, la production d'un toit peut être divisée par trois ; en hiver, le ballon se chauffe surtout sur le réseau.
  • Taille de l'installation : un système sous-dimensionné peut annuler l'économie attendue (Thermor).
  • Légionelles : gardez une température de consigne suffisante et une marche forcée de sécurité programmée.
  • Batterie ou ballon ? Le ballon absorbe quelques kWh de chaleur pour un coût très inférieur à celui d'une batterie (notre dossier batterie domestique).

Par où commencer ?

  1. Relever sa production et son surplus réels (application de l'onduleur ou compteur).
  2. Identifier le type de ballon et lire la notice sur le pilotage solaire.
  3. Tester d'abord la marche forcée ou les heures creuses de l'après-midi, sans investissement.
  4. Ajouter un routeur si le surplus quotidien est régulier et le ballon compatible.

Voir aussi : autoconsommation solaire en 2026 et Matter et la gestion de l'énergie, qui prépare le pilotage automatique des appareils selon le surplus.

Sources : JeChange (15/10/2026), Thermor (conseils chauffe-eau et photovoltaïque), Potentiel Solaire (mis à jour le 24/07/2026). Chiffres à confirmer auprès du fabricant du ballon et de l'installateur ; fiches fabricants et ADEME non lues.

À lire aussi