Mécanisme de capacité : comment la France paie la sécurité d'approvisionnement
Depuis le 1er novembre 2026, RTE achète seul la capacité de production et d'effacement dont la France a besoin les jours de grand froid. Fonctionnement, résultats de la première enchère, coût pour le consommateur et réformes à venir.
Par Adrien Tournel · Publié le
En France, l'électricité se consomme au moment où elle se produit, et les jours de grand froid la demande peut atteindre un niveau que les marchés seuls ne suffisent pas toujours à garantir. Le mécanisme de capacité répond à ce problème : il rémunère des producteurs, des exploitants de stockage et des consommateurs capables de réduire leur demande pour qu'ils restent disponibles lors des journées les plus tendues. Entièrement refondu en 2026, il est entré dans sa nouvelle version le 1er novembre.
Pourquoi un mécanisme de capacité ?
Le prix de marché rémunère l'énergie produite (le MWh), pas la disponibilité d'une centrale qui ne tourne que quelques heures par an. Sans signal complémentaire, il serait peu rentable de maintenir ou de construire des moyens de pointe. Le mécanisme verse donc une rémunération à la puissance disponible (le MW) quand le système en a besoin. Il existe en France depuis la loi NOME de 2010 (selon Elmy) et complète le rôle de coordination de RTE décrit dans notre dossier RTE, le chef d'orchestre.
Ce qui a changé en 2026
La loi de finances pour 2025 (n° 2025-127) a remplacé l'ancien système décentralisé, dans lequel chaque fournisseur achetait lui-même des garanties de capacité, par un modèle centralisé. D'après la présentation d'Elmy, le dispositif a été officialisé par un arrêté du 18 mars 2026.
- RTE est acheteur unique pour le compte de tous les consommateurs, et refacture le coût aux fournisseurs selon un prix unique.
- Une seule période de livraison hivernale, du 1er novembre au 31 mars, remplace l'ancienne année de livraison en deux semestres.
- 4,7 GW réservés aux flexibilités décarbonées (batteries, stockage, effacement), avec leur propre prix de clôture.
- Un plafond intermédiaire de 15 000 €/MW pour les capacités existantes, afin de limiter la facture.
- Le prix global est plafonné à 72 000 €/MW, pour un coût d'un nouvel entrant estimé à 60 000 €/MW.
Autre nouveauté, selon Elmy : RTE désigne des jours de pointe (22 par hiver) la veille grâce à un algorithme de prévision ; c'est sur ces jours que se mesurent la disponibilité des capacités et la consommation servant à répartir la facture.
La première enchère : 6 juillet 2026
Selon le rapport d'enchère publié par RTE le 17 juillet 2026, 2 147 entités ont participé à l'enchère unique de la période 2026-2027, pour 86 197,8 MW certifiés. Le résultat :
- 82 446,8 MW retenus, soit 3 446,8 MW au-dessus du besoin de référence de 79 000 MW ;
- un prix de clôture de 28 182,99 €/MW, et de 14 967,2 €/MW pour la flexibilité décarbonée ;
- aucune capacité transfrontalière contractée par enchère explicite, et aucun contrat pluriannuel attribué.

Qui est retenu ?
Le nucléaire représente l'essentiel : 44 755 MW, devant l'hydraulique hors STEP (10 697 MW), les cycles combinés gaz (5 824 MW), l'effacement de consommation (4 361 MW), l'éolien terrestre (3 489 MW), les STEP (1 374 MW) et les batteries (577 MW). Ce sont les capacités les plus utiles aux jours de pointe, d'où l'importance du stockage décrit dans notre dossier Stockage par batteries en France.

Combien ça coûte, et qui paie ?
Par délibération du 10 septembre 2026, la CRE a validé un coût à financer de 1 667 184 865,48 € pour la période du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027, dont environ 1,39 Md€ pour les installations retenues et environ 273 M€ de TVA non récupérable (chiffres rapportés par Selectra). La taxe de répartition s'élève à 18 646,6 €/MW de puissance utilisée lors des pointes.
Pour un ménage au tarif réglementé, l'impact moyen est de 10,35 à 41,40 € TTC par an selon la consommation (2 500 à 10 000 kWh). Il est intégré au tarif depuis le 1er août 2026 et représente environ 1,7 point de la hausse de 2,5 % de cet été : voir notre article et le dossier Prix de l'électricité : de la bourse à la facture. Selon Elmy, le dispositif est dimensionné pour un budget maximal d'environ 2 Md€ par an, et les sites sensibles au froid sont les plus exposés ; réduire sa consommation les jours de pointe limite donc sa contribution.
Les réformes à venir
- Contrats pluriannuels : la CRE a proposé le 17 septembre 2026 (délibération n° 2026-185) des durées maximales de 15, 12 et 10 ans selon le type de projet, avec un investissement minimal de 125 000 €/MW. Un arrêté ministériel doit encore fixer ces critères.
- Ajustements de février 2027 : le reliquat de l'ancien mécanisme, calculé sur la consommation de février à août 2026, doit être récupéré à cette date, et l'accise doit baisser à nouveau, selon Selectra.
- Ouverture aux capacités étrangères, à commencer par la Belgique d'après Elmy, et passage à deux enchères par an une fois le dispositif déployé.
La demande, elle, évolue : l'arrivée des centres de données et de l'électrification des usages pèsera sur les futures pointes, ce que détaille notre dossier Data centers et réseau électrique.
À retenir
Le mécanisme de capacité est devenu un poste visible de la facture, de l'ordre de quelques dizaines d'euros par an pour un ménage. Son but est de garantir que, même par grand froid, assez de moyens de production, de stockage et d'effacement soient disponibles. La prochaine étape, les contrats de long terme, doit encourager les investissements nouveaux.
Sources : RTE, rapport d'enchère de la période de livraison 2026/2027 (17/07/2026) ; CRE (délibérations du 15/07, 10/09 et 17/09/2026) rapportées par Selectra (25/09/2026) ; Elmy, « Réforme du mécanisme de capacité 2026 ».