Data centers et réseau électrique : de la demande de raccordement à la mise sous tension
28,6 GW demandés, agrément en Île-de-France, fast track de RTE : comment un centre de données obtient (ou non) sa place sur le réseau électrique français.
Par Adrien Tournel · Publié le
Les centres de données, accélérés par l'intelligence artificielle, sont devenus le premier sujet de raccordement au réseau de transport d'électricité. Ce dossier explique comment un projet passe de l'idée au réseau, ce que l'État demande en Île-de-France et ce que cela change pour la production et les infrastructures.
Une demande qui change d'échelle
Fin 2024, RTE recensait une quarantaine de projets pour environ 5 GW. En mai 2026, près de 18 GW étaient réservés pour quelque 80 projets, et la puissance recherchée atteint 28,6 GW, dont une partie seulement fait l'objet d'engagements fermes (ECOinfos, 18/06/2026). La plupart des projets visent 100 à 200 MW, une dizaine dépassent 400 MW. Pour le détail de ces chiffres, voir notre actu.
Les data centers consomment aujourd'hui environ 10 TWh par an, soit près de 2 % de l'électricité française. Le bilan prévisionnel de RTE table sur 15 à 20 TWh en 2030 (environ 3 %), puis 23 à 28 TWh en 2035. La production nationale est aujourd'hui excédentaire d'environ 20 % : le sujet n'est pas d'abord de produire davantage, mais de raccorder de grosses puissances sur peu de sites.

Étape 1 : l'agrément en Île-de-France
Dans la région, les projets de plus de 5 000 m² de surface de plancher sont soumis à agrément de l'État. Selon la fiche repère de la DRIEAT datée du 1er juin 2026, applicable aux demandes déposées depuis le 1er juillet 2026, le réseau électrique régional est saturé à court terme dans certaines zones et proche de la saturation dans d'autres. Les projets atteignent souvent environ 100 MW de puissance de raccordement, parfois plusieurs centaines. Ceux de plus de 40 MW font l'objet d'une attention renforcée dans les secteurs très tendus.
Parmi les critères : un raccordement court au réseau 225 ou 400 kV, une étude de récupération de chaleur fatale (objectif de 20 % de l'énergie électrique consommée dans l'hyper-centre et le cœur d'agglomération), le refus du gaz hors secours électrique, un refroidissement en boucle fermée et un dossier assez mûr pour qu'un permis de construire soit instruit dans l'année.
Étape 2 : la file d'attente de RTE
RTE a mis en place un « fast track », issu du Sommet pour l'action sur l'IA de février 2025 et approuvé par la CRE : cinq sites (deux en Île-de-France, trois dans les Hauts-de-France) de 700 MW à 1 GW chacun, raccordés en trois à quatre ans au réseau 400 kV. Les industriels concernés bénéficient d'une réfaction de 30 % sur le coût des travaux d'extension, en contrepartie d'une part capacitaire (rapport d'activité 2025 de la CRE).
Premier contrat : le Campus IA de Fouju (Seine-et-Marne), signé en janvier 2026, avec 240 MW fin 2027, 700 MW avant fin 2029 et jusqu'à 1 400 MW à terme.
Étape 3 : trier les projets fantômes
Les data centers raccordés ces deux à trois dernières années ne consomment en moyenne que 20 % de la puissance demandée. RTE veut donc passer du « premier arrivé, premier servi » au « premier prêt, premier servi » : foncier, garanties financières et commandes d'équipements deviennent des critères, sur la base d'une délibération de la CRE de juillet 2025, applicable dès juin 2026.
Des tensions locales
Pour la Banque des Territoires (dossier du 30/07/2026, mis à jour le 24/09/2026), le raccordement électrique est devenu le principal frein au développement des data centers. Les élus arbitrent entre foncier, eau, électricité, valorisation de la chaleur et acceptabilité locale. Un projet hyperscale de 500 MW est évoqué à Châteauroux (Google), et les demandes de raccordement cumulaient 15 GW, selon l'Assemblée nationale citée par ce dossier. Les chiffres varient selon les sources et les périmètres : ceux de RTE et de l'Assemblée ne se superposent pas.
Ce que cela change pour le réseau
Ces projets s'ajoutent à la demande industrielle, comme le montre l'anticipation de raccordements pour l'industrie à Fos-Lavéra (notre actu). Ils reposent sur des postes et des lignes à très haute tension, présentés dans nos dossiers sur le réseau à 400 000 volts et sur le rôle de RTE. Côté production, la consommation supplémentaire de 15 à 20 TWh en 2030 est à rapprocher de la trajectoire de la PPE3 et d'un parc nucléaire qui produit 350 à 370 TWh par an (notre dossier).
Les points à suivre
- Les prochains contrats de raccordement du fast track et la mise en œuvre du tri par maturité.
- Le suivi des demandes d'agrément en Île-de-France depuis le 1er juillet 2026.
- La mesure du plan d'électrification visant au moins 1 GW de capacité réseau supplémentaire en Île-de-France pour l'industrie et les data centers.
Sources : ECOinfos (18/06/2026), DRIEAT Île-de-France (fiche repère du 01/06/2026), Banque des Territoires / Localtis (30/07/2026, mis à jour le 24/09/2026), RTE, CRE.