Recharge à 0,17 € le kWh : Leclerc reprend la main face à Lidl dans la guerre des bornes
Depuis le 5 octobre, E.Leclerc facture 0,17 € le kWh sur ses bornes 22 kW, un centime de moins que Lidl. Troisième épisode d'une guerre des prix lancée au printemps, qui rend la recharge lente en grande surface moins chère qu'à la maison.
Par Frédéric Vagner · Publié le
La grande distribution a ouvert un nouveau front, et il ne se situe pas dans les rayons mais sur les parkings. Depuis le lundi 5 octobre, E.Leclerc facture 0,17 € le kilowattheure sur toutes ses bornes de recharge en courant alternatif, sans abonnement. C'est un centime de moins que Lidl, qui revendiquait depuis trois semaines la recharge la moins chère de France. À la veille du Mondial de l'Auto, la bataille des prix de la recharge lente vient de connaître son troisième épisode en quatre mois.

Trois baisses de prix en quatre mois
Le premier coup a été porté par Lidl au printemps. En pleine flambée des prix à la pompe, l'enseigne allemande avait lancé fin mars une opération à prix coûtant sur toutes ses bornes, en faisant passer le kWh de 0,39 € à 0,29 € via son application Lidl Plus, aussi bien en charge rapide qu'en charge lente.
E.Leclerc a répliqué au début de l'été. Le 9 juillet, l'enseigne a abaissé à 0,19 € le kWh le prix de ses bornes jusqu'à 22 kW, soit à peu près le niveau du tarif réglementé de l'électricité à domicile. Michel-Édouard Leclerc avait présenté la mesure à la télévision comme le lancement d'une véritable « bataille du prix de la recharge ».
Lidl a contre-attaqué le 18 septembre en descendant à 0,18 € sur ses bornes en courant alternatif, toujours via Lidl Plus. Réponse de Leclerc quinze jours plus tard : annoncé le 2 octobre sur le blog de son président, le tarif de 0,17 € s'applique depuis le 5 octobre dans les quelque 330 magasins équipés de bornes 22 kW de son réseau baptisé Charge E-Lec. Pour attirer de nouveaux clients, la moitié du montant de la première recharge est reversée sur la carte de fidélité.
Les autres enseignes distancées
Dans cette course, les deux rivaux ont pris le large. Auchan a bien abaissé son tarif à 0,22 € en août, mais reste au-dessus. Carrefour, de son côté, facture toujours plus de 0,20 € le kWh sur ses bornes standard.
Les réseaux concernés sont loin d'être anecdotiques. Lidl revendique plus de 5 500 points de charge répartis sur environ un millier de supermarchés. E.Leclerc en compte plus de 3 000 et affiche l'ambition de multiplier fortement son parc dans les prochaines années, avec un maillage potentiel de plus de 700 parkings d'hypermarchés et de supermarchés.
Ce que ce prix représente concrètement
À 0,17 € le kWh, la recharge en grande surface devient moins chère que celle de la plupart des foyers. Prenons une Renault 5 E-Tech et sa batterie de 52 kWh : passer de 20 à 80 % de charge demande environ 31 kWh, soit un peu plus de 5 €. Pour une voiture qui consomme 15 kWh aux 100 km, cela représente environ 2,60 € pour 100 km, bien moins que le coût d'un plein de carburant pour la même distance.
Il faut toutefois garder en tête les limites de ces bornes :
- La puissance dépend de la voiture. Sur une borne en courant alternatif, c'est le chargeur embarqué du véhicule qui fixe la vitesse. Beaucoup de modèles plafonnent à 7 ou 11 kW : il faut alors compter environ trois heures pour récupérer 30 kWh.
- La charge rapide n'est pas concernée. Chez Lidl, les bornes en courant continu restent à 0,29 € le kWh avec l'application. Chez Leclerc, les bornes rapides et ultra-rapides conservent leur grille habituelle.
- Une application est obligatoire pour obtenir ces prix : Lidl Plus d'un côté, Charge E-Lec de l'autre. Toutes deux sont gratuites.
Ces offres intéressent donc surtout les conducteurs qui habitent ou travaillent près d'un magasin, et en particulier ceux qui vivent en appartement sans possibilité de recharger chez eux. Pour les longs trajets, la recharge rapide reste incontournable, et bien plus chère : notre guide des bornes de recharge publiques détaille les différents tarifs.
Pourquoi les distributeurs cassent les prix
La stratégie n'a rien de nouveau. Depuis les années 1970, la grande distribution utilise le carburant comme produit d'appel : on fait le plein à bas prix, et on remplit son chariot au passage. La recharge électrique s'y prête encore mieux, puisque le client reste immobilisé une heure ou plus sur le parking.
Les enseignes disposent aussi d'un atout de taille : leurs parkings. Selon le dernier baromètre de l'Avere-France, près de la moitié des points de recharge ouverts au public en France (47 %) se trouvent déjà sur des sites commerciaux. Et la clientèle grossit vite : en septembre 2026, les voitures 100 % électriques ont représenté près de 42 % des immatriculations neuves.
Reste la question de la rentabilité. À 0,17 € le kWh, la marge est mince, voire nulle, une fois payés l'électricité, l'abonnement au réseau et l'entretien des bornes. Les distributeurs misent sur le passage en caisse et sur la fidélisation via leur application. Reste à savoir jusqu'où ils sont prêts à descendre, et si la baisse finira par toucher les bornes rapides, là où les prix restent les plus élevés.
Ce qu'il faut retenir
- E.Leclerc facture 0,17 € le kWh sur ses bornes 22 kW depuis le 5 octobre, contre 0,18 € chez Lidl.
- Ces tarifs ne concernent que la recharge lente en courant alternatif, et passent par une application gratuite.
- Pour une citadine, 100 km reviennent à moins de 3 €, mais une recharge prend plusieurs heures.
- La guerre des prix ne touche pas encore la charge rapide, où les tarifs restent deux à trois fois plus élevés.