Bus et cars électriques : où en est la France ? Parc, ventes, aides CEE et recharge
Le bus électrique pèse déjà un tiers des immatriculations de bus neufs, mais moins de 12 % du parc et 0,6 % des autocars. Panorama des chiffres, des constructeurs, des aides et des défis de recharge des dépôts.
Par Adrien Tournel · Publié le · mis à jour le 17 octobre 2026
Les bus et les cars sont les grands absents du débat public sur l'électrification, alors qu'ils transportent chaque jour des millions de Français et circulent en ville, là où la pollution de l'air se joue. En 2026, le bus électrique devient une réalité industrielle, mais l'autocar reste presque entièrement diesel. Voici où en est la France, avec des chiffres officiels et des ordres de grandeur à manier avec prudence.

Un parc encore très largement diesel
Selon les données du SDES (service statistique du ministère de la Transition écologique) relayées par Gaz-mobilité, la France comptait au 1er janvier 2026 27 950 autobus. Le diesel domine (53,3 %, auxquels s'ajoutent 10,3 % de diesel à usage de biocarburant non exclusif), devant le gaz naturel et le bioGNV (24,1 %). Les bus électriques à batterie sont 3 332, soit 11,9 % du parc, et l'hydrogène reste anecdotique (78 véhicules, 0,3 %).
Pour les autocars (67 421 véhicules), la domination du gazole est écrasante : 92,5 % (plus 1,4 % de diesel à usage non exclusif), contre 5 % pour le gaz et seulement 409 autocars électriques (0,6 %).

Les ventes : un rebond, et l'électrique en volume
Le marché 2025 avait été perturbé par les retards industriels : 1 198 bus de plus de 7,5 tonnes immatriculés, en baisse de 26 %. Cette année-là, l'électrique avait atteint 49,3 % des immatriculations selon Automobile Propre, soit un cap symbolique (53,3 % avec l'hydrogène). Le délai de livraison est désormais de 12 à 24 mois.
Sur janvier–août 2026, d'après le bilan du CSIAM relayé par Mobily-Cités, les immatriculations de bus rebondissent à 1 223 véhicules (+55 %). L'énergie se répartit ainsi : gaz 34,8 %, électrique 32,2 %, gazole 30,1 %, hydrogène 2,9 %. La part de l'électrique recule en apparence par rapport à 2025, mais en volume, 381 bus électriques ont été immatriculés, soit +9,5 %. Les deux séries de parts de marché (2025 et 2026) ne reposent pas sur la même source ni sur la même période : il faut les comparer avec précaution.
Les autocars restent stables (2 959 immatriculations, -1 %) : l'électrique y représente 2,3 %, soit environ 70 véhicules, contre 10 un an plus tôt. Un bond relatif spectaculaire, mais sur de très petits volumes.
Les constructeurs et les grandes villes
Le marché est dominé par un petit nombre d'acteurs. Dans le parc d'Île-de-France Mobilités (environ 10 500 bus et cars), plus de 90 % des véhicules viennent de trois constructeurs : Iveco Bus (Heuliez, plus de 55 %), Daimler Buses (Mercedes-Benz, près de 25 %) et MAN (plus de 10 %). Côté électrique, Mercedes-Benz a remis en novembre 2024 son 70 000e Citaro, un eCitaro 100 % électrique, à l'opérateur néerlandais HTM ; Iveco Bus propose sa gamme E-WAY en 9,5, 10,7, 12 et 18 mètres.
La RATP a mis en service son 1 000e bus électrique le 5 février 2025 au dépôt de Point du Jour. Elle exploite alors 1 000 bus électriques et 1 320 bus au biométhane, et vise une flotte 100 % propre en zones denses puis sur toute la région d'ici 2029.
Île-de-France Mobilités a par ailleurs décidé le 12 juin 2026 de prolonger la durée de vie des bus et cars jusqu'à 20 ans ou 1 million de km, avec la rénovation à mi-vie de plus de 2 000 véhicules entre 2026 et 2033 (330 M€ HT). Son mix cible reste de 70 % de biométhane et 30 % d'électrique. Des essais de bus bi-articulés électriques de 24 mètres sont prévus de septembre à mi-octobre 2026.
Les aides : le bonus CEE renforcé
L'aide la plus structurante est la prime des certificats d'économies d'énergie (fiche TRA-EQ-128), ouverte aux collectivités et aux entreprises pour l'achat ou la location longue durée (60 mois minimum) d'un bus ou d'un autocar électrique neuf, ou pour un rétrofit. Depuis le 1er juin 2026, le véhicule doit être conservé 60 mois et les véhicules de démonstration ne sont plus éligibles. Les fiches sont ouvertes jusqu'en 2030. Surtout, la demande doit être déposée avant la signature du devis.
L'arrêté du 18 septembre 2026 (Journal officiel du 24 septembre) modifie la fiche TRA-EQ-128 en deux temps. Pour les opérations engagées à partir du 1er octobre 2026, le volume de certificats est multiplié par 5 pour les autobus neufs dans les agglomérations de 250 000 habitants ou moins, par 4 pour les autres agglomérations, et par 4 pour les autocars. Pour les autobus neufs, le véhicule doit être fabriqué dans l'Espace économique européen (carrosserie, châssis ou structure autoportante, peinture et assemblage final) et figurer sur une liste de types de véhicules publiée par l'Ademe. Cette condition s'étend aux autobus rétrofités pour les opérations engagées à partir du 1er novembre 2026.
À partir du 1er janvier 2027, le coefficient des autocars passe à 6, avec la même obligation de fabrication européenne ; ces dispositions valent pour les opérations engagées jusqu'au 31 décembre 2029. Les opérations déjà engagées avant ces dates peuvent rester soumises aux règles antérieures si elles figurent sur une liste transmise à l'administration dans les quinze jours suivant l'entrée en vigueur.
Côté montants, le courtier Hellio estime, à titre indicatif et selon le cours des CEE, qu'un bus standard neuf toucherait environ 76 300 € dans une agglomération de 250 000 habitants ou moins et environ 30 600 € au-delà ; un autocar standard environ 41 700 €. Ces chiffres sont à vérifier avant tout engagement.
Les professionnels attendent les immatriculations de janvier 2027 pour mesurer l'effet réel du renforcement des CEE, compte tenu des délais entre commande et livraison.
La vraie difficulté : recharger les dépôts
Un bus électrique se recharge en général la nuit au dépôt, parfois avec une recharge d'appoint par pantographe en bout de ligne. Convertir un dépôt demande de lourds travaux : celui de Point du Jour, à Paris, compte par exemple 19 lignes et 90 bornes, pour 28,6 M€ investis. La puissance disponible sur le réseau, le pilotage de la charge (smart charging) et la formation des équipes pèsent autant que le prix du véhicule. Le sujet croise celui de la recharge des poids lourds et des utilitaires.
Ce qu'il faut retenir
- Le parc d'autobus est encore à 64 % diesel ; l'électrique n'en représente que 11,9 %, mais il pèse environ un tiers des bus neufs en 2026.
- Les autocars restent un marché presque 100 % thermique (0,6 % d'électrique dans le parc).
- Les CEE, renforcés par l'arrêté du 18 septembre 2026 et conditionnés à une fabrication européenne, sont le principal levier pour 2026-2027.
- Les délais de livraison (12 à 24 mois) et l'équipement des dépôts sont les principaux freins.
Sources : SDES via Gaz-mobilité (parc au 1er janvier 2026) ; CSIAM via Mobily-Cités (immatriculations janvier–août 2026) ; Automobile Propre (31 janvier 2026) ; Transbus (IDFM, juin 2026) ; communiqué RATP (5 février 2025) ; Hellio (prime TRA-EQ-128) ; arrêté du 18 septembre 2026 (JORF du 24 septembre 2026) ; Daimler Truck (novembre 2024).