Écrêtement : quand RTE demande à l'éolien et au solaire de produire moins
Depuis le 1er janvier 2026, les installations de plus de 10 MW participent au mécanisme d'ajustement. Comment fonctionne la baisse de production demandée à l'éolien et au solaire, et pourquoi elle augmente-t-elle ?
Par Adrien Itarnel · Publié le
Quand le vent souffle et que le soleil brille, la production peut dépasser ce que le réseau peut transporter ou ce que le pays consomme. RTE doit alors réduire certaines injections pour garder l'équilibre : c'est l'écrêtement. Longtemps marginal, il progresse avec le développement de l'éolien et du solaire.
Deux voies pour faire baisser la production
RTE agit par le mécanisme d'ajustement, un marché de dernière minute décrit dans notre dossier RTE, le chef d'orchestre. Les producteurs y déposent des offres de baisse rémunérées à l'avance. Si ces offres ne suffisent pas, RTE peut imposer des ordres de sauvegarde, hors marché. En 2024, sur 18 GWh de baisses demandées à l'éolien et au solaire, 10 GWh sont passés par des offres et 8 GWh par des ordres de sauvegarde ; au premier semestre 2025, 23,5 GWh sur 35,5 GWh ont été imposés hors marché (RTE, d'après Selectra).

Un phénomène qui monte
Avant 2024, les baisses demandées à l'éolien restaient sous 2 GWh par an et aucun programme solaire n'avait été ajusté. Sur l'année 2025, elles atteignent environ 0,1 TWh, soit près de cinq fois 2024, mais un peu moins de 2,5 % de toutes les baisses demandées par RTE, toutes filières confondues. Le 11 septembre 2024 à 5 h, RTE a par exemple demandé à 17 parcs éoliens, soit environ 1,3 GW de puissance, de réduire leur production.

À côté de ces baisses demandées, les producteurs s'arrêtent aussi d'eux-mêmes quand les prix deviennent négatifs : environ 3 TWh en 2025, dont 1,3 TWh pour l'éolien terrestre et 1,6 TWh pour le solaire. Ce mécanisme est lié aux épisodes décrits dans notre actualité sur les prix négatifs du premier semestre 2026 et dans le dossier sur l'écart entre midi et le soir.
Ce qui change depuis 2026
- Seuil de 10 MW : depuis le 1er janvier 2026, les installations de plus de 10 MW doivent participer au mécanisme d'ajustement, en application de la loi du 30 avril 2025 et des règles de marché approuvées par la CRE. Les éoliennes et le photovoltaïque n'y participaient auparavant que marginalement.
- Capacité mobilisable : fin 2025, près de 5,6 GW d'éolien et de solaire pouvaient être mobilisés par ajustement, soit environ dix fois plus qu'un an plus tôt (Selectra) ; ECOinfos évoquait 5 GW en décembre 2025.
- Basse tension : la CRE a demandé à Enedis de fixer avant le 1er octobre 2026 les règles de limitation à distance des installations solaires raccordées en basse tension (délibération n° 2026-179 du 10 septembre 2026, selon Selectra).
- Équilibrage : de nouvelles règles sont prévues à partir du 1er janvier 2029.
Pourquoi ce n'est pas un gaspillage inévitable
Écrêter coûte de l'énergie renouvelable non produite, mais l'alternative est de saturer le réseau ou de faire moduler d'autres moyens, comme le nucléaire (voir Modulation du nucléaire). Le stockage par batteries et la flexibilité de la demande offrent d'autres débouchés à ces surplus : c'est l'un des rôles décrits dans notre dossier Stockage par batteries en France.
À retenir
L'écrêtement reste modeste en volume, mais il est passé de quelques GWh à environ 0,1 TWh par an et concerne désormais tous les gros parcs. Ses effets sur la facture des ménages n'ont été chiffrés ni par la CRE ni par RTE à notre connaissance.
Sources : Selectra, « Trop d'électricité : RTE ordonne de produire moins » (automne 2026), d'après RTE et la CRE ; ECOinfos, 23/12/2025 ; CRE.