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EPR2 : six nouveaux réacteurs, 72,8 milliards d'euros, où en est le programme ?

Penly, Gravelines, Bugey : le programme EPR2 doit relancer la construction nucléaire en France. Coût, financement, calendrier, autorisations : le point sur les étapes franchies et sur celles qui restent avant la décision finale d'investissement.

Par Adrien Tournel · Publié le

Frise sur fond bleu des étapes du programme EPR2 : devis de décembre 2025, enquête de Bruxelles, décision d'investissement fin 2026, premier béton en 2029, mise en service en 2038
Les grandes étapes du programme EPR2, de l'annonce de 2022 à la première mise en service visée en 2038 © WattNeuf, d'après EDF, Sfen et JO

Six réacteurs, trois sites, plus de 70 milliards d'euros : le programme EPR2 est un chantier industriel d'une ampleur inédite pour la filière nucléaire française depuis des décennies. Annoncé en 2022, il doit prendre une décision financière décisive d'ici la fin 2026. Voici où il en est, ce qu'il coûte, comment il serait financé et ce qu'il reste à obtenir avant le premier coulage de béton.

Frise sur fond bleu des étapes du programme EPR2 : devis de décembre 2025, enquête de Bruxelles, décision d'investissement fin 2026, premier béton en 2029, mise en service en 2038
Les grandes étapes du programme EPR2, de l'annonce de 2022 à la première mise en service visée en 2038 © WattNeuf, d'après EDF, Sfen et JO

Le programme en bref

L'EPR2 est la version « optimisée » de l'EPR de Flamanville 3 (voir notre actualité sur sa première visite complète), conçue pour être plus simple à construire. Le programme prévoit six réacteurs répartis en trois paires, avec une option pour huit unités supplémentaires, selon l'annonce faite en février 2022 par le président de la République (rappelée par l'AFP).

RepèreValeurSource
Réacteurs6 en trois paires : Penly, Gravelines, Bugey (+ option de 8)EDF, AFP
Puissanceenviron 10 GW au total (9 990 MW dans la notification française à Bruxelles)Next, 1/04/2026
Devis72,8 Md€ en valeur 2020, hors intérêts pendant la constructionEDF, 18/12/2025
Budget 20262,7 Md€ (travaux préparatoires et études)EDF, 18/12/2025
Durée de construction visée70 mois pour un réacteur « générique », contre 96 mois il y a trois ansSfen
Premier bétonmars 2029, à PenlySfen
Première mise en service2038 à Penly, puis une paire tous les 12 à 18 mois selon EDFEDF

Les trois sites

Penly (Seine-Maritime) : le site pilote

Penly accueille la première paire, qui servira de référence aux suivantes. Les travaux préparatoires y ont commencé en 2024. Côté sûreté, l'ASNR a achevé la phase d'expertise de la demande d'autorisation de création : le groupe d'experts a jugé la conception des systèmes de sûreté « appropriée » à ce stade. L'enquête publique s'est tenue du 22 janvier au 4 mars 2026, et l'ASNR doit encore remettre son avis au Gouvernement, attendu fin 2026 (ASNR, 23/01/2026).

Gravelines (Nord) : feu vert aux travaux préparatoires

Un décret publié au Journal officiel le 22 août 2026 (n° 2026-807) accorde à EDF l'autorisation environnementale pour les premiers aménagements de la zone de deux EPR2 : plateformes, déplacement du terminal ferroviaire, terrassements, chenal d'amenée, relocalisation d'espèces protégées, nouveau centre d'information du public. Il s'agit de travaux préparatoires, pas de la construction des réacteurs. Le site compte déjà six réacteurs de 900 MW, qui ont produit 32,27 TWh en 2025, soit environ 60 % de la consommation des Hauts-de-France (AFP, 22/08/2026).

Bugey (Ain) : troisième paire

Bugey accueille la troisième paire du programme. Les étapes réglementaires décrites ci-dessus concernent pour l'instant Penly et Gravelines.

Combien ça coûte

Le devis a beaucoup évolué : 51,7 Md€ en 2021, environ 67,4 Md€ lors d'une réévaluation, puis 72,8 Md€ (en euros de 2020) présentés par EDF à son conseil d'administration le 18 décembre 2025. Cette dernière estimation est supérieure d'environ 5,4 Md€ aux chiffres de la Cour des comptes de janvier 2025, ce qu'EDF attribue surtout à des provisions pour risques (Sfen). L'entreprise espère ne pas les utiliser en totalité et table sur une baisse de 30 % du coût unitaire entre le premier et le dernier réacteur.

Deux précisions importantes : ce montant est exprimé en euros de 2020 et ne comprend pas les intérêts intercalaires. Les Echos, cités par Opéra Énergie (3/07/2026), l'évaluent à environ 84 Md€ en valeur actuelle, toujours hors intérêts. À titre de comparaison, l'EPR de Flamanville 3 a coûté près de 23,7 Md€ selon la Cour des comptes (voir notre dossier sur le parc nucléaire).

Qui paie, et comment

Le schéma notifié à la Commission européenne le 19 novembre 2025 repose sur trois piliers :

  • un prêt à taux réduit couvrant au moins la moitié du coût de construction selon EDF, 60 % selon la notification française rapportée par la presse (un prêt de la Caisse des dépôts garanti par l'État, d'après Les Echos) ;
  • un contrat pour différence de 40 ans, qui garantit un prix de référence (97 €/MWh d'après Les Echos) : l'électricité est vendue au marché, et l'écart avec ce prix est compensé dans un sens ou dans l'autre ;
  • un partage des risques entre l'État et EDF pour les aléas hors du contrôle de l'électricien, comme une catastrophe naturelle imprévisible ou un changement de la loi.

Pour comprendre comment se forme le prix auquel cette électricité serait vendue, voir notre dossier sur le prix de l'électricité.

Bruxelles, le principal verrou

La Commission européenne a ouvert fin mars 2026 une enquête approfondie sur cette aide d'État. Elle juge la mesure « nécessaire » mais vérifie qu'elle est proportionnée, qu'elle ne fausse pas la concurrence et qu'elle respecte les autres règles européennes (Next, 1/04/2026).

Selon Les Echos, le principal point de friction est la commercialisation de l'électricité : Paris propose qu'environ 30 % de la production soit vendue par des contrats de long terme et 70 % sur le marché, alors que Bruxelles privilégie la liquidité des marchés de gros. Les précédents sont encourageants (22 mois d'examen pour le projet tchèque de Dukovany, environ un an pour la Pologne), mais le calendrier d'un accord reste incertain : le ministère espérait un accord de principe à l'automne.

Ce qu'il reste à obtenir

  • Le feu vert de la Commission européenne sur le financement.
  • L'avis de l'ASNR sur la demande d'autorisation de création de Penly, puis le décret d'autorisation de création, nécessaire avant le chantier proprement dit (visé en 2027).
  • La décision finale d'investissement d'EDF, visée fin 2026. Selon L'Informé (9/10/2026), la dernière « revue de maturité » du programme, confiée à Hervé Guillou, dresse un constat globalement positif : nous en parlons dans cette actualité.

Quelle place dans la stratégie énergétique

La programmation pluriannuelle de l'énergie prévoit la construction de six EPR2, dont la première mise en service interviendrait en 2038 (voir notre dossier sur la PPE3). Ces réacteurs ne répondront donc pas aux besoins de la décennie en cours, qui reposent sur le parc existant, ses prolongations et le développement du solaire et de l'éolien. Ils visent à renouveler un parc dont les réacteurs vieillissent, un enjeu détaillé dans notre dossier sur le parc nucléaire français en 2026.

Sources : EDF (communiqué du 18/12/2025), Sfen, Next (1/04/2026), Opéra Énergie d'après Les Echos (3/07/2026), ASNR (23/01/2026), AFP/Connaissance des énergies (22/08/2026), World Nuclear News (26/08/2026), Pilotable (22/05/2026), L'Informé (9/10/2026). Les montants en euros de 2020 ne sont pas comparables directement à des euros courants.

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