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Prix de l'électricité : de la bourse à la facture, comment se forme le tarif

Marché de gros, fin de l'ARENH, lissage sur 24 mois, capacité, acheminement et taxes : le prix que paie un foyer est un empilement. Mode d'emploi pour comprendre pourquoi les prix à terme montent sans que la facture bouge tout de suite.

Par Adrien Tournel · Publié le · mis à jour le 25 octobre 2026

Schéma de la formation du tarif réglementé de l'électricité : marché de gros, lissage sur 24 mois, part énergie, puis capacité, acheminement et taxes
Du marché de gros à la facture : la construction du tarif réglementé © CRE — schéma WattNeuf

Pourquoi les prix de gros peuvent doubler en quelques mois sans que la facture des ménages suive aussitôt ? Parce que le prix payé par un foyer est un empilement de plusieurs briques, qui ne réagissent pas à la même vitesse. Ce dossier détaille la mécanique du tarif réglementé de vente (TRVE, « tarif bleu ») telle que la décrit la CRE.

Schéma de la formation du tarif réglementé de l'électricité : marché de gros, lissage sur 24 mois, part énergie, puis capacité, acheminement et taxes
Du marché de gros à la facture : la construction du tarif réglementé © CRE — schéma WattNeuf

1. Le marché de gros : un prix fixé chaque jour

L'électricité s'échange en Europe sur des marchés de gros. Le prix « spot » (pour livraison le lendemain) varie heure par heure : il peut devenir négatif quand la production solaire et éolienne est abondante (407 heures au premier semestre 2026, voir notre article) ou grimper en cas de tension, comme les 487,4 €/MWh du 13 août 2026 relevés par RTE. Le prix à terme, lui, est celui de contrats pour une livraison future (un mois, un trimestre, une année) : c'est lui qui flambe en ce moment pour 2027 (voir notre actu).

Le prix français dépend aussi de ses voisins, avec lesquels il est relié par les interconnexions (voir le dossier). Au premier semestre 2026, la France a exporté 51 TWh et son prix était nettement inférieur à celui de ses voisins (voir le bilan RTE).

2. La fin de l'ARENH

Jusqu'au 31 décembre 2025, l'ARENH permettait aux fournisseurs alternatifs d'acheter une partie de la production nucléaire d'EDF à prix régulé. Ce mécanisme a pris fin : depuis le 1er janvier 2026, selon la CRE, l'approvisionnement du tarif réglementé est réalisé à 100 % à un coût représentatif des prix de gros et des frais d'accès au marché. Le tarif est donc devenu plus sensible aux prix de marché.

3. Le lissage sur 24 mois

Pour éviter que la facture ne suive chaque soubresaut, la CRE construit la part « énergie » du tarif comme si l'électricité d'une année de livraison était achetée en petites quantités sur 24 mois, au prix de clôture quotidien de la bourse EEX. Le prix retenu est la moyenne de ces achats virtuels (méthode fixée par la délibération n° 2023-355 du 13 décembre 2023).

Conséquence : un choc de prix récent n'a qu'un poids limité dans la moyenne. Pour l'année 2027, les achats ont commencé en janvier 2025 ; selon Selectra, 20 mois sur 24 étaient écoulés fin août 2026, à un prix moyen de 58,30 €/MWh. Les hausses de septembre et octobre n'entrent donc que pour une fraction (environ 1/24 par mois).

4. Les autres briques de la facture

  • La capacité : le coût des garanties de capacité que les fournisseurs doivent détenir. Le nouveau mécanisme, issu de la première enchère du 6 juillet 2026, a ajouté 1,73 point à la hausse du 1er août 2026.
  • L'acheminement (TURPE) : le tarif d'utilisation des réseaux, qui rémunère RTE et Enedis (transport, distribution). Il a ajouté 1,14 point au 1er août 2026.
  • Les taxes : accise sur l'électricité (30,62 €/MWh pour les puissances jusqu'à 36 kVA depuis le 1er août 2026), CTA et TVA.

Le tarif est proposé par la CRE puis arrêté par l'État : c'est le seul niveau où le gouvernement peut agir rapidement, par exemple sur l'accise.

5. Calendrier : qu'attendre de février 2027 ?

Le tarif a augmenté de 2,5 % TTC en moyenne au 1er août 2026 (détail), après une quasi-stabilité en février (-0,83 % TTC proposé par la CRE). Un nouveau mouvement est prévu au 1er février 2027 : rattrapage de coûts de capacité de l'ancien mécanisme, fin d'un rattrapage sur le TURPE, nouvelle baisse prévue de l'accise. La CRE doit formuler sa proposition mi-janvier 2027 ; le niveau n'est pas connu à ce jour.

Ce qu'il faut retenir

Le prix de gros est le signal le plus rapide, mais la facture réglementée l'absorbe lentement par le lissage, et trois autres briques (capacité, TURPE, taxes) pèsent autant que l'évolution du marché. Côté producteur, les résultats d'EDF montrent aussi l'effet inverse : des prix bas au premier semestre ont pesé sur ses comptes (résultats semestriels).

Sources : CRE (délibération n° 2023-355 ; communiqué du 20 janvier 2026 ; délibération n° 2026-147 du 15 juillet 2026), Selectra, JeChange, Hello Watt, RTE (bilan S1 2026).

À lire aussi : Mécanisme de capacité : comment la France paie la sécurité d'approvisionnement.

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