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Réacteurs 1300 MW : les quatrièmes visites décennales, un chantier de 6 milliards d'euros jusqu'en 2037

Vingt réacteurs de 1 300 MW doivent passer leur quatrième réexamen périodique. Paluel 1, premier de la série, a été reconnecté au réseau le 12 septembre 2026 après 253 jours d'arrêt.

Par Adrien Tournel · Publié le

Schéma des trois ajouts de sûreté de la quatrième visite décennale : refroidissement ultime de l'enceinte, récupérateur de corium, alimentation en eau
Les principaux ajouts de sûreté de la quatrième visite décennale des 1300 MW © WattNeuf
Schéma des trois ajouts de sûreté de la quatrième visite décennale : refroidissement ultime de l'enceinte, récupérateur de corium, alimentation en eau
Les principaux ajouts de sûreté de la quatrième visite décennale des 1300 MW © WattNeuf

Le parc nucléaire français compte 20 réacteurs de 1 300 MW, répartis sur 8 sites : Belleville, Cattenom, Flamanville, Golfech, Nogent, Paluel, Penly et Saint-Alban. Ils entrent dans leur quatrième réexamen périodique de sûreté, qui conditionne leur fonctionnement pour dix années supplémentaires.

Qu'est-ce qu'une visite décennale ?

Tous les dix ans, chaque réacteur s'arrête pour une visite approfondie. Elle combine des contrôles réglementaires, des remplacements de gros composants et des modifications de sûreté. À l'issue du réexamen, l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) rend un avis sur la poursuite de l'exploitation pour la décennie suivante.

Les ambitions de ce quatrième réexamen

EDF vise à rapprocher le niveau de sûreté de ces réacteurs de celui d'un EPR. Les modifications intègrent le retour d'expérience de Fukushima (2011), les résultats de la R&D et l'adaptation au dérèglement climatique. Parmi les principaux ajouts :

  • un système de refroidissement ultime de l'enceinte, pour évacuer la chaleur du bâtiment réacteur après un accident avec fusion du cœur ;
  • un système de distribution d'eau, alimenté par la source d'eau ultime, pour les générateurs de vapeur et la piscine de combustible ;
  • un dispositif de stabilisation du corium, pour éviter la percée du radier de l'enceinte en cas de fusion du cœur.

Calendrier et coût

Selon la note d'information d'EDF de juillet 2025, les modifications seront mises en œuvre de 2026 à 2037, pour environ 6 milliards d'euros intégrés au Grand Carénage. Plus de 40 000 salariés de la filière sont mobilisés. Les travaux sont répartis en deux phases de modifications, comme pour les 900 MW : les plus importantes pour la sûreté sont réalisées en priorité, d'autres interviennent plusieurs années après la visite. Selon l'ASNR, les visites décennales sont planifiées de 2026 à 2034, avec des rapports de conclusion de 2027 à 2035. Paluel 1 et 2 et Cattenom 1 ouvrent la série.

Paluel 1, la tête de série

Paluel 1 est le premier réacteur de 1 300 MW à passer ce réexamen. Arrêté le 2 janvier 2026, il a été reconnecté au réseau le 12 septembre 2026 à 8 h 17, soit environ 253 jours plus tard. Le chantier a nécessité quatre ans de préparation.

  • Contrôles réglementaires : inspection de la cuve et des soudures par robot (février), épreuve hydraulique du circuit primaire (mai), épreuve de l'enceinte (juin).
  • Remplacements : plus de 80 000 tubes de condenseur (environ 1 200 km), un rotor de turbine basse pression de plus de 200 tonnes et deux tambours de filtration d'eau de mer de 22 mètres.
  • Modifications de sûreté : plus de 105, dont des protections contre la chaleur, comme le refroidissement de certains locaux du bâtiment combustible lors des canicules.
  • Équipements du programme VD4 : alimentations électrique et en eau supplémentaires, troisième voie de sauvegarde et dispositif de récupération du corium sous la cuve.
  • Mobilisation : plus de 30 000 activités menées par les équipes d'EDF et plus de 130 entreprises partenaires.

La remontée en puissance est progressive, avec des contrôles à chaque palier. L'ASNR rendra ensuite son avis sur l'exploitation de l'unité pour dix ans.

Ce qu'il faut retenir

Ce programme pèse sur la disponibilité du parc dans les prochaines années, puisque chaque visite immobilise un réacteur pendant plusieurs mois. Il conditionne aussi la durée de vie de la flotte de 1 300 MW, dont dépend une part importante de la production nucléaire. Les volumes d'arrêt annuels et l'impact sur la production restent à suivre dans les prévisions d'EDF.

Sources : EDF, centrale de Paluel, reconnexion de l'unité 1 après sa 4e visite décennale (09/2026) ; EDF, note d'information sur le 4e réexamen périodique des 1300 MWe (07/2025) ; ASNR, Les cahiers de l'ASNR n°7, réacteurs nucléaires de 1300 MWe (2026).

À lire aussi : Le parc nucléaire français : où en est-on en 2026 ?, Flamanville 3 à l'arrêt pour 350 jours et EPR2 : six nouveaux réacteurs.

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