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Watt'Cycle Dossier

Droits antidumping sur les vélos électriques chinois : ce qui s'applique en 2026

Droit antidumping jusqu'à 70,1 %, droit compensateur jusqu'à 17,2 % : le détail des taux par fabricant, la logique de l'assemblage en Europe et l'effet de l'arrêt européen d'octobre 2026.

Par Adrien Tournel · Publié le · mis à jour le 27 octobre 2026

Assemblage de vélos électriques dans un atelier en France
Assemblage de vélos électriques en atelier © Cowboy (via Cleanrider)

Depuis 2019, l'Union européenne taxe les vélos à assistance électrique fabriqués en Chine. Reconduites en janvier 2025, ces mesures pèsent sur les prix, les stratégies des marques et l'assemblage en Europe. Un arrêt de la justice européenne d'octobre 2026 vient d'en durcir l'application. Le point sur ce qui s'applique, à qui, et pourquoi.

Deux droits qui s'additionnent

Les cycles à pédalage assisté originaires de Chine (codes douaniers NC 8711 60 10 et ex 8711 60 90) sont soumis à deux droits cumulés :

  • un droit antidumping, qui vise les prix jugés artificiellement bas ;
  • un droit compensateur, qui vise les subventions accordées par l'État chinois.

Ils s'ajoutent au droit de douane ordinaire (6 % pour un vélo électrique complet). Les premières mesures datent de 2019. Au terme d'un réexamen, la Commission européenne a conclu que leur suppression ferait probablement réapparaître le préjudice pour l'industrie de l'Union, et les a maintenues : des règlements d'exécution du 23 janvier 2025, applicables depuis le 25 janvier 2025, selon l'avis aux importateurs de la douane française. Les numéros exacts des règlements cités dans cet avis diffèrent d'un passage à l'autre : seul le Journal officiel de l'UE fait foi.

Les taux selon le fabricant

Les taux dépendent de la société exportatrice, après enquête individuelle. D'après l'avis de la douane française :

SociétéAntidumpingCompensateur
Giant Electric Vehicle (Kunshan)9,9 %3,9 %
Jinhua Vision / Yongkang Hulong10,3 %8,5 %
Yadea Technology Group37,4 %10,7 %
Bodo Vehicle Group58,3 %15,1 %
Suzhou Rununion Motivity62,1 %17,2 %
Autres sociétés coopérantes24,2 % (ou 16,2 % selon l'annexe)9,2 %
Sociétés non coopérantes (annexe III) 70,1 %17,2 %
Toutes les autres (taux résiduel)62,1 %17,2 %

Ces droits s'appliquent au prix franco frontière de l'UE, avant dédouanement. Les taux individuels ne valent que sur présentation d'une facture commerciale conforme, avec déclaration datée et signée ; à défaut, c'est le taux résiduel qui s'applique. Au maximum, le cumul dépasse donc 87 % (70,1 % + 17,2 %).

Pourquoi les marques européennes assemblent plutôt que d'importer

Les composants ne subissent pas les mêmes droits que le vélo complet. Moteurs et batteries lithium-ion paient 2,7 % de droit ordinaire, sans antidumping. Le cadre paie 4,7 %, avec un droit antidumping de 48,5 % sauf pour les assembleurs exemptés. D'où le modèle de nombreux assembleurs européens : importer des composants, puis monter le vélo en Europe, une pratique encadrée par un régime anticontournement connu depuis 1997 pour les cycles.

Ce modèle est justement fragilisé par l'arrêt du Tribunal de l'UE du 7 octobre 2026 : des pièces livrées séparément peuvent être requalifiées en vélo complet si des éléments objectifs montrent qu'elles forment un ensemble. L'association LEVA-EU juge les critères flous et redoute des rappels de droits sur plusieurs années.

Et pour le consommateur ?

Les droits pèsent d'abord sur les importateurs, puis, selon leur marge, sur le prix en magasin. Ils expliquent en partie pourquoi les marques s'organisent autour d'une production en Europe, en Asie du Sud-Est ou en assemblage local. Dans un marché en repli depuis plusieurs années (voir notre dossier sur le marché français) et une industrie en recomposition (voir le dossier Accell), toute nouvelle contrainte douanière compte. Nous ne disposons pas d'estimation chiffrée de l'impact direct sur le prix d'un vélo en France.

Ce qu'il faut surveiller

  • Les suites données par la Commission : LEVA-EU plaide pour une enquête anticontournement aux critères clairs plutôt qu'une appréciation au cas par cas des douanes.
  • Les précisions que pourraient apporter de futures décisions sur les composants « essentiels » et les délais entre livraisons.
  • L'adaptation des assembleurs européens, notamment ceux qui importent des composants chinois.

Sources : avis aux importateurs de la Direction générale des douanes (janvier 2025), Cleanrider et Caradisiac (octobre 2026). À vérifier au Journal officiel de l'UE pour les références exactes des règlements.

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