Petits réacteurs nucléaires : Calogena et Jimmy, lauréats France 2030, visent la chaleur plutôt que l'électricité
Le 12 mars 2026, l'État a retenu Calogena (chauffage urbain) et Jimmy (chaleur industrielle à 450 °C) pour la seconde phase de son appel « réacteurs nucléaires innovants ». Premiers réacteurs visés au début des années 2030.
Par Adrien Tournel · Publié le · mis à jour le 27 octobre 2026
Et si le prochain usage du nucléaire n'était pas de produire de l'électricité mais de la chaleur ? C'est le pari de deux start-up françaises retenues le 12 mars 2026 par France 2030, à l'occasion du Nuclear Energy Summit : Calogena et Jimmy Energy. Les deux sélections mobilisent plus de 180 millions d'euros d'investissement au total, selon info.gouv.fr.
Calogena : des réseaux de chaleur urbains
Calogena conçoit des réacteurs modulaires d'environ 30 MW thermiques, qui fournissent de la chaleur à 70-110 °C aux réseaux de chauffage urbain, sur la base de réacteurs de recherche. Elle appartient au groupe Gorgé. Elle a déposé auprès de l'ASN un dossier d'options de sûreté en novembre 2024 ; l'instruction préalable devait durer environ deux ans, la demande d'autorisation de création en prendrait ensuite environ trois, extensibles de deux ans (Connaissance des énergies, 5 novembre 2024). La société annonçait en mars la clôture prochaine d'une levée de fonds.

Jimmy : de la chaleur à 450 °C pour l'industrie
Jimmy développe un petit réacteur à haute température d'environ 60 MW thermiques, alimenté par du combustible en particules TRISO à base d'uranium enrichi. Il vise des industriels, notamment de la chimie, qui ont besoin de vapeur à 450 °C. Son premier réacteur pourrait être opérationnel en 2032. Le 10 mars 2026, Jimmy a annoncé 80 millions d'euros, dont 40 millions de fonds propres (tour mené par Crédit Mutuel Impact, avec Ademe Investissement) et 40 millions de soutien public France 2030 (Maddyness). Un premier site est prévu sur la plateforme industrielle de Cristanol à Bazancourt (Marne), avec une construction visée à la fin de la décennie et une mise en service au début des années 2030.
Pourquoi la chaleur ?
Une grande partie de l'énergie consommée par l'industrie et les logements est de la chaleur, aujourd'hui souvent produite avec du gaz. Un réacteur de petite taille, installé près du site qui l'utilise, pourrait la remplacer sans émettre de CO₂, avec une électricité réservée aux autres usages. C'est l'un des fils conducteurs du programme « réacteurs nucléaires innovants », qui avait déjà retenu 11 projets lors de sa première phase (129,8 M€) et vise un déploiement au début des années 2030.
Ce qui reste à prouver
Aucun de ces réacteurs n'est autorisé ni construit : ils n'existent pour l'instant que sur plan. Il faudra franchir l'instruction de sûreté, la construction d'un prototype, et démontrer un coût de chaleur compétitif face au gaz et aux réseaux de chaleur renouvelables. Côté électricité, le SMR Nuward d'EDF (2 × 170 MWe) reste à un stade de conception ; son calendrier a été revu depuis 2024 et nous y reviendrons quand EDF aura précisé sa décision.
À lire aussi
- Le parc nucléaire français : où en est-on en 2026 ?
- PPE3 : ce que prévoit la programmation de l'énergie jusqu'en 2035
- Hydrogène décarboné : les trois premiers projets d'électrolyseurs
- Fusion nucléaire : le tokamak WEST du CEA
Sources : info.gouv.fr (12/03/2026), Maddyness (10/03/2026), Connaissance des énergies (05/11/2024).
À lire aussi : Nuward : EDF vise dix petits réacteurs en Europe d'ici 2035 (mise à jour du 19/10/2026).
À lire aussi : Newcleo : la cuve du démonstrateur à plomb installée en Italie, entrée au Nasdaq annoncée.